PAUVRETÉ MORALE DU CLERGÉ UTRAQUISTE
se transformait, et le curé n’était plus que le chapelain du seigneur. À l'origine, le propriétaire qui fondait un village, construisait et dotait l’église; il se réservait en retour le droit de présenter le curé et exerçait sur les affaires ecclésiastiques une haute surveillance, mais cela n’entraïnait pas que le prêtre relevât de son autorité. Le clergé formait à cette époque une corporation très riche, redoutable, jalouse de ses prérogatives, et ses libertés étaient respectées. Depuis le schisme, comme presque tous les biens ecclésiastiques avaient été confisqués et que les communes, fort appauvries, ne pouvaient rien faire pour l'entretien de leurs prêtres, ceux-ci ne vivaient plus guère que des aumônes du seigneur. Contre ses caprices et ses fantaisies, le desservant n'avait à compter sur aucun appui extérieur : la doctrine hussite, dont la liberté de la parole de Dieu et la punition des péchés publics constituaient deux des principaux articles, justifiait dans une certaine mesure l'intervention des laïques dans le domaine des choses religieuses. Tout se réunissait ainsi pour avilir le curé, le réduire au rôle d’humble serviteur du patron : celui-ci, pour avoir retenu quelques bribes de l’Écriture, se regardait comme plus savant que lui, souvent avec raison, le méprisait et le traitait comme un domestique. On engageait un curé pour un laps de temps déterminé, quelquefois un semestre ou même un trimestre; s’il ne plaisait pas, on le renvoyait sans autre forme de procès. Le pauvre diable, sans ressources, sans recours, sans métier, ne songeait qu’à obtenir grâce près du maître à force de complaisance, acceptait toutes les humiliations, se pliait à toutes les conditions, quitte parfois à de- mander aux plus grossiers plaisirs l'oubli de sa misère ‘. Les Utraquistes avaient essayé d’enrayer le mallorsqu'ils
1. Même à cette époque cependant la commune intervient dans l’administration ecclésiastique. Chaque année, le seigneur nomme un conseil de paroisse composé de douze membres : leur compétence est à la fois financière et morale, ils veillent aux revenus et aux dépenses, et tiennent la main à ce que les fidèles ne manquent pas l’église. — Ils ne peuvent pas cependant grand’chose contre le patron, et le curé ne trouve en eux aucun appui solide,