LE CONSISTOIRE DEN BAS
avaient, en 1478, réorganisé le Consistoire. Le projet adopté par les États et qui n’était guère d’ailleurs que la reproduction de l’ancien établissement catholique, était bien conçu : au-dessus des simples curés, les doyens; au sommet de la hiérarchie, un Conseil suprême !, qui serait à la fois pour tous les prêtres un guide et un protecteur, maintiendrait
parmi eux l'unité de doctrine et la pureté des mœurs et. leur assurerait une légitime indépendance. A la tête de
ce Conseil se trouvait un Administrateur qu’assistaient dix à douze conseillers. — Administrateurs et membres du Consistoire étaient ordinairement animés des plus pures intentions; ni les vertus n1 les talents n'étaient rares parmi eux, du moins au début : à quoi réussirent-ils cependant? Il n'existe guère de lecture plus monotone et plus lamentable que celle des actes de cette malheureuse assemblée; nulle part n’éclatent avec une plus navrante clarté toutes les misères dont souffre l'Église tchèque, la corruption et l’ignorance des prêtres, la ruine de la discipline, les divergences de doctrines, l’indifférence des fidèles, les exigences des seigneurs. Chaque année le mal s'aggrave, et toutes les ordonnances du Consistoire ne servent qu’à le constater, mais non à l’enrayer.
Que représente-t-1l et que valent ses décrets? Les diètes, avec cette incurie et cette mobilité qui frappent de stérilité leurs meilleures résolutions, ne s'occupent plus de lui, laissent souvent le soin d’en désigner les membres aux magistrats de Prague; pendant de longues années, on l’oublie si complètement qu’on ne pense pas à combler les vides qui éclaircissent ses rangs et qu’il ne se compose plus que de quelques vieillards malades et désabusés. Au nom de quels principes exigerait-il l’'obéissance alors qu'il est lui-même en insurrection contre l'autorité pontificale dont il ne conteste
1. On le désignait sous le nom de Consistoire d'en bas, parce qu'il siégeait dans la ville de Prague, pour le distinguer du Consistoire catholique
qui avait l'administration du diocèse, tant que l'évêché était vacant; il se :
réunissait sur la colline des Hratchany et on le nommait le Consistoire d’en haut. — V. Tomek, De l'administration ecclésiastique des Utraquistes, 1415-1622, dans le Tchas. ichesk. M, 1848.
BANQUEROUTE DE L'UTRAQUISME . 289
pas en théorie l'autorité? Seschefs ne donnent-t-ils pas l’exemple de l’insubordination, grisés par l’ombre de pouvoir qu'ils possèdent, toujours en conflit avec les évêques, plus ou moins canoniques, qui passent sur le siège de Prague? Ils partagent l'erreur commune alors à tous les Bohêmes, qu’il suffit pour être libre de n'obéir à personne. Ils se croient les fidèles héritiers de la doctrine réformatrice, parce qu'ils refusent de renoncer au calice, à la communion des enfants et à la lecture de l’épître en tchèque. Mais la libre interprétation de l'écriture les épouvante, ils soumettent la cons-. cience individuelle à la tradition et à l'autorité, maintien-: nent les dogmes etles rites catholiques, les sept sacrements, l'adoration de l’hostie, le célibat des prêtres: Le Hussitisme. de la décadence ne saurait être mieux réprésenté que par cette assemblée de vieillards effarés et récalcitrants, spectres qui:veillent autour d'un tombeau. |
Aussi tous ceux qui ne se payaient pas de mots et de formules creuses cherchaient ailleurs une doctrine plus substantielle; en face de l'Utraquisme expirant, une secte nouvelle attirait à elle les cœurs plus hardis et les âmes altérées de vérité; les véritables successeurs de Hus, il faut les chercher dans l'Unité des Frères Bohêèmes.
La timidité de l'Utraquisme explique les rapides progrès que fit quelque temps plus tard la confession luthérienne en Bohême. Tous ceux que tourmentait une pas-
sion religieuse plus intense, dépassèrent peu à peu un programme désormais stérile; ils cherchèrent à rendre. quelque signification au schisme et comme une âme à la révolution se trouvèrent tout préparés à devenir les disciples du réformateur allemand.— Le mouvement hussite était cependant trop original et trop national pour se perdre ainsi presque sans laisser de trace. Pendant que les chefs officiels de l’hérésie s’attardaient à des négociations compromettantes, quelques hommes résolus et pieux avaient jeté les. bases d’une nouvelle communauté religieuse et créé une secte qui subit l'influence du protestantisme, maïs ne se
confondait pas avec lui, et est la seule, avec les Vaudois,