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L'UNITÉ DES FRÈRES

qui ait conservé depuis le moyen âge jusqu'aux temps modernes, une existence indépendante et une physionomie tout à tait individuelle '. L’Unité des frères Bohêmes ? est restée jusqu'à la bataille de la Montagne-Blanche un des principaux éléments de la vie nationale tchèque; elle a donné à la Bohême quelques-uns de ses politiques les plus remarquables et de ses écrivains les plus éminents; après avoir marqué toute cette période historique d’une empreinte : particulière, elle a ennobli par l’héroïsme de ses martyrs la catastrophe finale et rendu l'exil fécond par les travaux de ses fidèles. Ne lui revient-il pas quelque part aussi de: responsabilité dans les désastres du xvn siècle? N’auraitelle pas, par une fidélité trop obstinée à ses croyances particulières, contribué à empêcher la formation en Bohême d’une grande église luthérienne qui aurait offert à la réaction catholique une invincible résistance? — Ce n’est pas impossible. Dans tous les cas, par la grandeur du rôle qu'elle a joué non moins que par la haute valeur des hommes qu'elle a produits, elle mérite une attention spéciale *.

1. Lechler, Johann von Wiclif und die Vorgeschichte der Reformation, II, Doi.

2. Vers 1720, le comte Zinzendorf accueillit sur ses domaines quelques descendants des anciens Frères Bohêmes, qui, plus d’un siècle après la victoire définitive du Catholicisme et en dépit des persécutions, étaient restés hérétiques. Ils fondèrent la colonie, si célèbre depuis, de Herrnhut, dans la Haute-Lusace. Leur propagande, favorisée par la renaissance religieuse | allemande du xvir° siècle, fut assez heureuse. [ls sont aujourd’hui quelque cent mille en Europe ou en Amérique. Les Herrnhüter ou les Communes évangeliques ne se rapprochent pas beaucoup plus au point de vue du dogme des anciens Frères Bohêmes que n'importe quelle secte protestante, mais ils ont conservé leur discipline morale. Les colons que Zinzendorf appela sur ses domaines venaient des environs de Foulnek, en Mo- | ravie. La coutume s’est établie depuis de parler des Frères Moraves, ce que ne justifient ni les documents ni les faits. Le titre que se donnaient les : i Frères eux-mêmes est celui de l'Unité des Frères, et ceux qui habitaient l la Moravie appartenaient cependant à l'Unité des Frères Bohémes (unitas | Fratrum Bohemorum). 2 3. On trouvera une bibliographie assez complète de l'histoire de l'Unité | dans le livre de Schweinitz, The history of the Church known as the Unitas Fratrum or the Unity of the brethren, Bethlehem, Moravian publication office, 1885. — Schweinitz est évêque des Frères, et son travail a un 1 caractère apologétique, mais il est consciencieux et intéressant. — Les ques- | tions relatives aux origines ont été étudiées avec autant d’érudition que de | finesse par M. Goll, professeur à l’Université tchèque de Prague et bien 1

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