RÉORGANISATION DU PARTI UTRAQUISTE
positions réelles de ses adversaires, il comprit qu'il n'avait d'autre moyen d'obtenir la paix que de la conquérir : les papes ne traiteraient que s'ils n’avaient plus rien à attendre de l'anarchie. Les catholiques bohêèmes s’agitaient bruyamment, triomphaient de quelques conversions éclatantes : pour arrêter ces défections qui, sans affaiblir beaucoup les Utraquistes, les irritaient fort et menacaient à chaque instant de provoquer une nouvelle guerre civile, 1l importait de constituer un pouvoir solide et régulier. — Ce fut l'objet des préoccupations constantes de Georges. Elevé à son poste d'honneur et de combat par la confiance des Hussites, il ne pouvait ni ne voulait séparer sa cause de la leur, mais sa fidélité n’était pas intolérante, 1l appelait à lui tous les hommes de bonne volonté et s’efforçait d’unir tous les partis dans un effort commun pour assurer à sa patrie la paix politique et religieuse dont elle avait un si pressant besoin.
Pour réconcilier les factions, il fallait les dominer. Chez les seigneurs catholiques, les passions ou les intérêts personnels avaient étouffé tout patriotisme. Podiébrad se heurtait partout au mauvais vouloir de Rosenberg et de ses amis, — en Bohême, où par leur faute aucune proposition n’aboutissait; à la cour de Frédéric, dont ils encouragalient l’inertie et la mauvaise volonté; à Rome, où ils suppliaient le pape de refuser toute concession. Ceux mêmes qui devaient plus tard accuser Georges d’égoïsme et d’ambition personnelle et lui reprocher avec le plus d’amertume ses coups de force, semblaient avoir à cœur de le pousser à bout, le condamnaient en quelque sorte aux résolutions violentes.
En même temps, ils perdaient du terrain dans le pays : leur habileté excessive les rendait suspects; leur tactique, percée à jour, ne trompait plus personne. L’attitude de l’Église rapprochait les divers groupes hussites; les plus timorés, en face de provocations incessantes, renoncçaient à des espérances irréalisables et se rejetaient brusquement en arrière : parmi les docieurs et les maîtres qui solli-