FONDATION DE L'UNITÉ
Du vivant de Kheltchitsky, quelques fidèles s'étaient réunis autour de lui, attirés par sa piété, sa douceur, le charme de ses discours. Les «amis de Kheltchitsky », c'était le nom qu'on donnait à ce petit cercle, ne formaient pas une véritable secte. Évitant autant que possible les discussions dogmatiques, ils accordaient beaucoup moins d'importance aux cérémonies extérieures ou aux symboles précis qu’à la pureté des mœurs et à la sincérité de la foi. Le vice les choquait surtout chez les prêtres, et, sans se séparer de l'Utraquisme officiel, ils éprouvaient quelque répugnance à recevoir de mains indignes les sacrements et en particulier la communion.
Cette question, de la dignité indélébile conférée par l’ordination, si grave par ses conséquences, puisque, résolue négativement, elle conduisait à une rupture complète avec la catholicité et à la formation d'une Église indépendante, avait longtemps tourmenté Kheltchitsky. Il y revient à diverses reprises, hésitant, pris de terreur à son tour à l'idée de briser en quelque sorte le lien matériel et mystique qui rattache aux apôtres les générations successives. Il s’efforçait à croire que le prêtre coupable, pourvu qu'il ait conservé la vraie foi, garde, en dépit de ses fautes, le pouvoir de donner les sacrements et de consacrer; mais cette conviction de tête ne dissipait pas ses doutes qui se trahissent à diverses reprises : il compare les prêtres indignes à des nuages sans pluie et à des fontaines sans eau, il conseille de les éviter, parce que leurs exemples sont pernicieux et que leurs exhortations ne viennent pas du cœur et ne vont pas au cœur. Ses disciples éprouvaient les mêmes défiances, les mêmes dégoûts, renonçaient aux sacrements plutôt que de les recevoir affaiblis et déshonorés par la débauche ou