LES PREMIÈRES COMMUNAUTÉS
la simonie. Des inquiétudes analogues, vers la même époque, chassaient à travers la Bohême les auditeurs de Rokytsana; toutes leurs recherches étaient demeurées inutiles jusque-là : à Kheltchitse seulement ils devaient trouver ce qu’ils poursuivaient avec angoisse, la paix de l’âme et la sûre promesse du salut.
Rokytsana connaissait déja sans doute Kheltchitsky lorsque les événements le mirent en rapport direct avec lui, probablement pendant ses années d’exil, 1437-1448. L’indignation et la colère que lui inspiraient la perfidie et les progrès des Catholiques, sa douleur à la pensée de la Réforme compromise, ses rancunes contre les nobles qui l’abandonnaient, le disposaient à quelque sympathie pour des hardiesses dont il n’apercut pas aussitôt toutes les conséquences : un exilé n'entend pas tout à fait de la même manière qu'un archevêque, même non reconnu par le pape. Son imagination, toujours prête aux entrainements, fut touchée de ce qu'il y avait de droit, d’élevé, de réellement pieux dans cet apôtre qui attaquait avec tant de véhémence les vices publics et privés. Kheltchitsky, de son côté, comprit la supériorité réelle de ce chef qui, mieux fait pour l'opposition que pour le commandement, était plus grand dans la persécution que dans la victoire. Séparés bientôt par la vie plus encore que par les divergences dogmatiques, ces deux hommes, qui représentaient des doctrines si opposées, se souvinrent toujours avec émotion de leurs relations passagères !. En présence du désarroi moral de ses audi? teurs, fort découragés par leurs tentatives inutiles, Rokytsana n'’hésita pas à leur recommander la lecture des œuvres de Kheltchitsky et à les mettre en relations avec lui. Ils étaient admirablement préparés pour recevoir la bonne parole, et ils n’eurent plus dès lors qu'une pensée : s'éloigner de l’Église qui s'était éloignée de Jésus, fonder une confrérie qui vivrait loin de la violence et du mal dans l’adoration et la charité.
1. Voir sur ces relations de Rokytsana et de Kheltchitsky, Schulz, Osviéta, 1875, p. 211-215. | ;