‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 227 sur 289 · ROKYTSANA ET LES PICARDS · texte numérisé non relu

ROKYTSANA ET LES PICARDS

acceptés pour pasteurs. Pour ne pas provoquer de scandale, un vieux prêtre vaudois donna une apparence de consécration officielle aux élus de Dieu et de l’assemblée. Cela ne parut pas encore suffisant aux timorés, aux yeux desquels les évêques seuls avaient le droit de transmettre les pouvoirs sacerdotaux. Afin de calmer leurs scrupules, sans doute aussi dans la crainte de compromettre les destinées de l'Unité par un vice originel, les Frères, avec leur esprit ordinaire de modération et de réserve, sollicitèrent l'intervention d’un évêque vaudois, Étienne. Sa consécration fut transmise par Michel de Tamberk à un des élus, Mathias de Kounvald, le premier évêque de l'Unité :.

Par l'élection des prêtres se trouvait terminée l’œuvre de constitution de l’Église nouvelle. Audace remarquable et qui devait passer pour une déclaration de guerre à l'Utraquisme. La réponse fut prompte; Rokytsana lança contre les Picards un mandement très violent. Ses protestations véhémentes contre le sens que ses anciens auditeurs avaient prêté sans raison à ses paroles, ne dégageaient pas très nettement sa responsabilité. Il le sentait et en éprouvait une sourde colère. Sa polémique en garde un peu trop d’acrimonie. Il accuse les Frères de ne pas se prosterner devant le Saint-Sacrement, « devant lequel, suivant l’ordre donné par Dieu même, doit fléchir tout genou sur la terre, dans les cieux et dans les enfers ?. » Mais son véritable grief

1. Cette question de l'élection des premiers prêtres est des plus obscures. Les documents sont contradictoires, ce qui s'explique parce que la plupart sont. des œuvres de polémique ou des apologies. J'ai accepté l'opinion à laquelle s’est arrèté M. Goll et qu’il a rendue très probable. (Quellen,I,passim et particulièrement, p. 34.) |

2. Les Frères, à ce moment, s’abstiennent de toute interprétation dogmatique de l’Eucharistie. Leur doctrine est en quelque sorte purement négative, ils rejettent d’une part la transsubstantiation, de l’autre les opinions picardes, qui nient la présence réelle. Il ne pouvait guère à ce point de vue s'élever de différence réelle entre eux et Rokytsana, parce que celui-ci approuvait cette réserve et blâmait ceux qui voulaient tout expliquer; d'autre part, il semble que, comme la plupart des docteurs utraquistes, il n’admettait pas la transsubstantiation , mais partageait l’opinion de Wiclif. La discussion portait sur le rite, non sur la foi. — Il n’est pas impossible qu'il se soit ‘ produit dès lors dans l'Unité quelques divergences ou quelques variations. « Les croyants, lisons-nous dans un texte de. 1470, mangent par la foi le corps du Sauveur », ce qui paraît se rapprocher de la doctrine picarde.

contre eux, on s’en aperçoit sans peine, c’est l'élection des prêtres, cette usurpation de l'autorité ecclésiastique qui l’atteignait indirectement dans son désir de réconciliation avec Rome, directement dans sa dignité d’archevêque. Si les laïques disposaient ainsi du sacerdoce, quelle garantie restait contre les fantaisies individuelles? Où s’arrêterait la division? Une seule loi demeurerait, la volonté de chacun; un seul régime, l'anarchie '. — Le roi était toujours aussi mal disposé pour les hérétiques; engagé dans une lutte sans merci avec la papauté, il tenait par-dessus tout à ne pas fournir à ses ennemis de prétexte d'accusation; il demanda à la diète de Bénéchov (1468) des mesures rigoureuses contre les Frères. Quelques seigneurs essayèrent de les défendre; mais ils avaient aussi des ennemis, Jeanne surtout, la reine, conscience timide que tourmentait le souvenir des serments qu'elle avait prêtés à l'Église. La persécution, qui n'avait jamais complètement cessé, reprit une certaine intensité. Beaucoup de dissidents furent jetés en prison, les maisons de prière fermées; les fidèles ne se réunirent plus que la nuit, dans des granges, dans des cavernes, dans les forêts. Pour dépister les recherches, ils marchaient dans les pas les uns des autres et le dernier traïnait une branche d’arbre sur la neige : les espions n’apercevaient plus que la trace d’un paysan qui était allé chercher du bois. Malgré toutes les précautions, ces réunions mystérieuses attiraient l'attention, donnaient lieu à toutes les calomnies ordinaires de débauches et d’infamies. Dans les cantons où les poursuites étaient le plus acharnées, ils fuyaient dans les montagnes. De peur d’être dénoncés par la fumée, ils n’allumaient du feu que la nuit, et le jour, par ces hivers rigoureux de la Bohême septentrionale, essayaient de réchauffér leurs membrès raidis par le froid auprès des tisons à demi éteints 2. Il y eut quelques victimes *. La lecture du mandement de Rokytsana dans les églises avait été

. Le mandement de Rokytsana a été publié dans le or Il, 734- :728: 2. Jiretchek, Rukoviét, II, p. 166.

Page 1