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Sept, tant en Bohème qu’en Moravie

l’occasion dedivers scandales: des jeunes gens avaient protesté; arrêtés, ils furent mis à la torture, quelques-uns exécutés. Le seigneur Zdéniék Kostka de Postoupits livra au bourreau quatre habitants de Skoutch :. Il en réservait d’autres au même sort, « mais Dieu ne lui en laissa pas le temps. »

Dans cette crise Grégoire fut admirable 2. Il avait les qualités les plus hautes du pasteur du désert, le courage tranquille qui semble ignorer le danger, la foi inébranlable et contagieuse, l’activité que rien ne lasse. Au milieu des périls qui l’environnent, non seulement il réussit à remplir

ses devoirs apostoliques, mais il trouve moyen d’écrire trai-

tés sur traités, — suppliques au roi, réponses à Rokytsana, appels à l'opinion publique, professions de foi. Il proteste contre les calomnies : on condamne les Frères comme Picards; ils n’ont rien de commun avec eux *. Que sont-ils, sinon une fraction de l’Église utraquiste, et comment tes Calixtins n’ont-ils pas quelque pitié de ceux qui comme eux communient sous les deux espèces! De quoi les accuse-t-on ? De désobéissance. Mais à quel titre exige-t-on qu'ils se soumettent ? Qui leur a donné l'exemple de la révolte, sinon ceux qui ont sans cesse l’injure à la bouche contre le pape et les évêques? A force d'entendre répéter que l'Église est corrompue et séduire, ils ont mis la main à l’œuvre et essayé de réaliser ce qu’on leur proposait. Et maintenant on les accuse de se séparer de l'Église; non, ils ne se séparent que de la puissance et des vices de ses chefs, pour se conter à l'Évangile 4.

1. On plaçait ordinairement pendant la première persécution ces exécutions ; les documents publiés par Goll prouvent que c'était une erreur : 5° lettre à Rokytsana (7'chas. 1883, p. 561); lettre du Frère Touma (Jd., p. 5271). Il n’est pas bien sûr que Kostka soit absolument responsable de leur mort. Un cinquième fut remis en liberté après avoir subi la torture.

2. Disons à l’honneur de Rokytsana qu’il ne prit pas une part active à la persécution. Une lettre des Frères, écrite aussitôt après sa mort, lui rend

ce témoignage « qu'il parla au roi pour qu'il fût miséricordieux envers eux ». Goll, Z'chas., 1885, p. 55.

314 Tous ces écrits et tous ces traités, taborites et picards, répond Grégoire, nous les avons rejetés depuis plus de huit ans et nous nous gardons d'eux. » (V. Sabina, Hist. de la littérature tchèque, p. 759.)

4. Lettres à Georges et à Rokytsana : Gindely, I. p. 45. La persécution at-

Ces efforts ne restèrent pas sans résultat : ils préparèrent peu à peu un revirement de l'esprit public, dont les Frères profitèrent bientôt et dont il importe de tenir un compte très sérieux. À n’en juger en effet que d’après les mandats si multipliés lancés contre les Frères, on s'imaginerait que leur histoire a été fort sanglante : la vérité est que, sauf de très courtes périodes, ils sont toujours restés hors la loi, sous le coup de l’expulsion ou des peines les plus graves; mais le plus souvent la condamnation a été purement platonique, les décrets n’ont été appliqués que de tempsen temps, avec beaucoup d’hésitation et de faiblesse. Les dissidents furent protégés dans une assez large mesure par l'opinion, lasse de violences, prise aussi d’une secrète sympathie pour ces chrétiens laborieux, doux et honnêtes; ils le furent surtout par l'anarchie, le relâchement de tous les liens sociaux, la faiblesse de l'autorité royale qui laissait les seigneurs indépendants sur leurs domaines. Dans ces conditions, l'État remplit bien le rôle que lui avait attribué Kheltchitsky : La persécution, qui n’est ni assez sanglante n1 surtout assez continue pour détruire la secte, lui est comme un aiguillon, une épreuve fortifiante, la préserve de la décadence morale qui suit ordinairement l’exaltation première, lui gagne bien des âmes aussi, séduites par le charme romanesque du péril apparent ou gagnées par la contagion du sacrifice. « Il arriva, par un ordre divin de la Providence, dit l’auteur de l'Histoire des persécutions, que plus on s’efforçait d’étouffer cette étincelle, plus haut s'élevait la flamme... Et ainsi s’accomplit la prophétie de Mathieu de Paris : une bande insignifiante paraîtra et les ennemis de la vérité ne prévau- dront pas contre elle; et en effet ils n’ont pas prévalu . »

Le péril cependant fût peut-être devenu grand si la mort qui enleva la même année Georges de Podiébrad et Rokytsana, n’eût délivré les Frères de leurs ennemis les plus-redoutables. Le nouveau roi, VIaceler (1471-1516), n'eut ni

téignit aussi les Vaudois, peut- être à cause de es relations avec les Frères. Leur évêque,’ Étienne, fut brûlé à Vienne (1467).

. Histoire des lourdes persécutions de l'Église tchèque, édition bon. de Fu P47

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