L'UNITÉ. — LA DOCTRINE
roissiens une haute direction morale. Il est assisté par un diacre, chargé d’une sorte de surveillance sur lui, et par un comité d’Anciens qui règle les questions matérielles et juge les différends survenus entre les Frères '. On continue à recommander aux prêtres le travail, mais à condition que cela ne les détourne pas de leurs fonctions; la pauvreté apostolique n’est plus exigée avec autant de rigueur que jadis ?, et déjà les protecteurs de l'Unité l’enrichissent de leurs dons. Elle a ses églises, qui ne servent pas seulement à la célébration du culte, mais sont aussi la demeure des pasteurs. Les prêtres, les diacres, les acolytes, quelquefois aussiles anciens vivent en commun dans la maison, le sbor, soumis à des règles ‘presque monacales; quelquefois, ce sbor sert de lieu de retraite aux anciens pasteurs, et les Frères en voyage y trouvent asile. Il est le centre de toute la vie de la communauté; c’est là que les fidèles viennent demander conseil, soumettre leurs scrupules de conscience, chercher une consolation ou une règle.
L'Unité a, grâce à Loukach, une doctrine théologique, dans laquelle elle s'efforce de se rapprocher autant que possible de la parole du Sauveur et qui, sur un grand nombre de points,annonce déjà l’enseignement protestant *.
. Une institution curieuse était celle d’un comité de veuves et de vieilles files, qui avaient pour mission, entre autres soins, de prévenir et de dénon- Cér l'immoralité.
2. Goll, ZTchas. 1886, p. 328. L'usage commence aussi à s’introduire d’admettre au sacerdoce les hommes mariés.
3. Le Christ est le chef de l'Eglise, et le sacerdoce vient de lui et non du pape : trois choses sont nécessaires pour le sacrement de l’ordination, la sainteté de la vie, la prière et l'imposition des mains. Il convient d’honorer la Vierge et les Saints, mais non de les adorer et d’attendre d’eux le salut. Les Frères conservent les sept sacrements, mais il ne faut pas y attacher un sens superstitieux; sans la foi, ils ne servent en rien au salut. Ils rejettent le purgatoire et continuent à baptiser une seconde fois ceux qui entrent dans l'Unité. La foi vivante est le fondement universel de la Rédemption; elle est accordée par le don du Saint-Esprit et par les mérites de la grâce du Christ; elle se manifeste par la pureté de la vie et les bonnes œuvres; les choses nécessaires sont la foi, l'amour et l’espérance. Pour la communion, Loukach se rapproche visiblement de la doctrine taborite, mais la nécessité de tenir : compte de la première croyance de l'Unité explique qu'il y ait dans ses paroles, sinon dans sa pensée, quelque obscurité, et le dogme des Frères sur ce point subit bien des variations qui se traduisent dans la pratiqué par une attitude un peu ambigüe vis-à-vis des autres sectes protestantes.
Mais ce n’est pas là ce qu'il y a d’intéressant à étudier dans son développement; ses défenseurs les plus convaincus sont bien obligés de reconnaitre que les Réformateurs « ont une théologie plus scientifique et qu'ils arrivent, avec une vue plus profonde des choses, à des distinctions dogmatiques plus précises et plus certaines '. »
Après comme avant la transformation, le progrès moral reste le principal souci de l'Unité, et les décrets des synodes finissent par former un code complet de discipline publique et privée, remarquables en général par leur sagesse pratique, ils s'adressent successivement à toutes les classes et proposent aux fidèles une règle de conduite pour toutes les conditions de la vie.
Les riches sont habitués à un certain bien-être; on n’exigera pas d'eux une austérité excessive. [ls éviteront seulement les prodigalités inutiles, les vêtements trop somptueux, l’étalage d’un lùxe insolent; ils se souviendront qu’ils sont les intendants de Dieu sur la terre et qu’il leur sera demandé compte de la fortune qui leur a été confiée ?. Dieu a placé les nobles et les seigneurs au-dessus de leurs sujets pour qu'ils en reçoivent les honneurs et les redevances légitimes, mais pour qu'ils leur assurent en retour une administration vigilante et protectrice. Malheur à ceux qui traitent leurs sujets comme des esclaves, accablent leurs serfs de corvées injustes et de redevances arbitraires ; Celui qui est le Père de tous les hommes, se détournera d'eux. Ces pauvres, ces serfs, Jésus les a appelés ses frères et ses enfants; pour les sauver il a accepté les outrages, les souffrances et la mort; sa main est toujours étendue sur leur tête; les seigneurs ne l’oublieront pas, 1ls se montreront justes, bienveillants, attentifs, secourables aux malheureux, indulgents aux coupables. Ménagers de leur fortune, ils ne puniront pas trop rudement ceux qui ne peuvent pas payer
1. Schweinitz, p. 200. # 2. La plupart des conseils qui suivent sont empruntés aux décisions du
Synode de Brandys ef 1512. Elles ont été publiées dans le Vybor, Il, p. 1305- 1429:
leurs tributs et réserveront leurs ressources à des dépenses utiles à leurs sujets. Les vêtements éclatants, les fêtes, les orgies et le luxe ne sont pas les signes de la noblesse, mais les bonnes mœurs, l’application au travail, le dévouement au bien général. Beaucoup recherchent les charges publiques pour le vain éclat qui les entoure, les flatteries, la gloire périssable, les richesses, ne reculent, pour les obtenir, ni devant la corruption ni devant la ruse; le chrétien les accepte avec trouble et tristesse; il sait les devoirs qu’elles imposent, et qu’elles font de lui un serviteur des serviteurs de Dieu’. Juge, le vrai disciple du Christ ne tiendra compte que de la justice de la cause qui lui est soumise, et ne se laissera déterminer par aucune considération extérieure ou secondaire; il n’ordonnera de châtiment qu'après mûre réflexion, sans colère, sans haine, sans autre pensée que « de rendre meilleur le coupable ou les autres, d’écarter du mal celui qui est puni ou les autres. » Les peines qu'il prononcera seront modérées, il ne se résignera à condamner à mort que s’il a une preuve bien évidente que telle est la volonté de Dieu et la conviction certaine qu'il n’y a pas d'autre moyen d'empêcher le coupable de revenir à son crime et de le mettre hors d’état de nuire ?.
On ne fera sous aucun prétexte emploi de la force dans les questions religieuses et on ne la tournera pas contre l’'Ancienne ou la Nouvelle Loi. L'ordre du monde tel qu’il est et la hiérarchie sociale ont été institués par Dieu, non
pour le mal, mais pour le bien de tous. Aussi les sujets et les serfs qui blasphèment, ne s’acquittent pas de leurs redevances, n’obéissent pas à leurs seigneurs, essaient de secouer leur autorité, sont en rébellion contre Dieu même à. Que les pauvres ne convoitent pas la fortune des riches, qu’ils acceptent avec reconnaissance les dons qu'ils en reçoivent, mais ne les sollicitent pas comme un droit; qu'ils