‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 245 sur 289 · DÉCRET DE LA SAINT-JACQUES · texte numérisé non relu

DÉCRET DE LA SAINT-JACQUES

taient beaucoup de répugnance à s'engager dans la voie des persécutions; ceux mème qui n'étaient pas favorables aux Frères, étaient tièdes, défiants, assez peu disposés à se faire les serviteurs des rancunes orthodoxes. On finit cependant par entraîner la majorité. Le décret de Vladislas, que l’on nomme aussi le décret de la Saint-Jacques (1508), est fort important dans l’histoire religieuse de la Bohème au xvi siècle. Voté par les États, inscrit dans les registres publics, il avait tous les caractères de la loi et personne ne pouvait se soustraire aux prescriptions qu’il édictait. Il fut pour les Frères une menace perpétuelle et comme une condamnation ineffacable que l’on opposa à leurs requêtes et à leurs plaintes. Il était fort sévère, très habilement calculé surtout pour désorganiser la secte, en amener la dissolution, sans qu'il fût nécessaire de recourir à des exécutions en masse que l’opinion publique n'aurait pas supportées. Toutes les réunions des Picards étaient interdites, leurs livres seraient saisis et brûlés, leurs prêtres emprisonnés; on nommerait à toutes les cures des prêtres utraquistes ou catholiques, qui devraient instruire tous leurs paroissiens dans la véritable foi et veiller à ce qu’ils assistassent régulièrement aux offices; des peines sévères étaient prononcées contre quiconque donnerait asile à un hérétique !. |

Jamais l'Unité n'avait couru un si grand danger, et l’assaut fut vigoureusement mené pendant plusieurs années; peu de supplices, mais des vexations de tous genres, les maisons de prière fermées, les prêtres en fuite, les assemblées dans les forêts, partout la terreur et le désarroi. A quoi bon insister sur ces événements? Vingt fois dans l’histoire de l'Unité nous serions obligés de refaire le même tableau. Dans ces dures et graves circonstances, Loukach prouva qu'il avait hérité du courage et du dévouement de Grégoire, sinon de ses doctrines. Son activité, sa fermeté, son zèle, le nombre prodigieux de ses écrits prou-

1, Palatsky, Æist. de Boh., v. 2, p. 140.

vent que ceux qui avaient placé leur confiance en lui, l’avaient bien jugé; il justifia par ses services la fermeté un peu hautaine de son autorité. Il sortit grandi de l'épreuve, et ceux qui l'avaient vu au danger ne pensèrent plus à discuter ses décrets. La persécution ne se ralentit qu’en 1514, et Loukach faillit en être une des dernières victimes.

Les effets de l'oppression commencçaient à être sensibles ;* les faibles abandonnaient l'Unité, les liens des diverses églises se relâchaient; l’évêque voulut profiter de la première éclaircie pour entreprendre une tournée pastorale. Il fut traîtreusement arrêté avec ses deux compagnons par le seigneur de [anovitse, Pierre Souda. Ce Pierre, «le maître et le prince des voleurs », dont la vie n’est qu’une suite ininterrompue de violences et de crimes, jusqu’au moment où les villes exaspérées lui infligèrent un châtiment exemplaire, espérait sans doute extorquer quelque argent. aux Frères. Il traita fort durement ses prisonniers; Loukach, qui souffrait de la pierre, tomba malade, et bientôt l'on craignit pour sa vie. Il resta calme en face de la mort; sa fermeté troubla Souda, auprès duquel étaient intervenus aussitôt les amis du prisonnier; il se décida à le remettre en liberté, à condition qu’il se présenterait devant le Consistoire utraquiste pour répondre des erreurs qu’on lui reprochait. Avant que le moment fixé fût arrivé, Vladislas était mort. (mars 1516).

Avec la mort de Vladislas commence pour les Frères une

nouvelle période de sécurité et de progrès. Le nouveau roi, Louis, n'avait que neuf ans. Énervée déjà par la faiblesse de Vladislas, l'autorité centrale disparaît presque complètement sous son successeur, et, au milieu de l’anarchie universelle et complète, rien ne s'oppose plus à la propagande des Frères. ;

Ce fut l'heure des vastes espérances. L'Unité voyait sans cesse ses églises se multiplier, son influence s'étendre; les villes étaient déjà sérieusement entamées; la fraction la plus intelligente, la meilleure et la plus puissante de la noblesse était convertie ou favorable. Où s’arrêteraient ces conqué-

Page 1