‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 262 sur 289 · SCIENCE ET LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

SCIENCE ET LITTÉRATURE

La littérature proprement dite est plus misérable encore. L'ancienne poésie populaire, celle qui sortait directement de l’âme du peuple et puisait aux sources profondes de l’inspiration nationale, est épuisée et dédaignée; elle est remplacée par des œuvres d'école, imitées de l'étranger, monotones et froides. C’est à l’allemand que Hyniek de Podiébrad, le poète le plus connu de cette période, emprunte le sujet de son Songe de Mai; quelques vers gracieux et quelques détails pittoresques rachètent bien incomplètement la négligence de la forme, la banalité et l’incorrection du style, le vide et l'ennui du récit, les abstractions et les allégories, la longueur surtout. Le bavardage, ce fléau des littératures en décadence, est aussi le grand vice de la plupart des écrits de cette époque. Les œuvres s’allongent à l'infini, les vers succèdent aux vers, insipides et plats, sans qu’un détail précis, un trait poétique accroche l’attention somnolente. La contagion gagne jusqu'aux esprits les plus précis et les plus fermes, dès qu’ils se piquent de littérature. Dans la « Querelle de la Vérité et du Mensonge », de Tstibor de Tsimbourg, les discours suivent les discours, avec une désespérante banalité, et des personnages sans physionomie et sans réa= lité nous inondent d’un déluge d’homélies amphigouriques et compassées : la littérature didactique et scolastique n’a guère de monument plus insupportable, et l’on se demande comment tous ce fatras a pu sortir de la même plume qui écrivait la lettre à l’évêque d'Olomouts, si sobre, si énergique dans sa concision. La poèsie lyrique n’est ni plus personnelle ni moins fatigante. L'ancien mystère a disparu et le drame nouveau n'est pas encore né : le seul essai que l’on puisse citer dans ce genre est une traduction de l’allemand. L'histoire n’a aucun nom qui mérite d’être comparé, même de loin, à celui du polonais Dlugosz ou du hongrois Thurog; dans la période précédente, Paul Zidek, quel que soit le peu de valeur de son travail, avait du moins entrepris une œuvre générale : après lui, il n’y a plus que des annalistes qui énumèrent tristement, année par année, les coups de mains, les escarmouches, les prodiges et les pestes. Les livres les plus répandus sont toujours les anciens romans,

que chaque nouveau remaniement allonge et rend plus ennuyeux et plus fades, le roman d'Alexandre, la chronique de Troie, Belial, la vie d'Adam. La liste s'accroît de légendes nouvelles copiées de l'allemand, et, sous cette littérature de pacotille, disparaissent toujours plus les souvenirs nationaux ‘.

La dynastie des Jagellons n’aurait en réalité ni un écrivain ni une œuvre, sans les grands travaux juridiques qui restent le titre d'honneur de cette époque. Au moment où un état politique et social nouveau s’établissait sur les ruines des institutions primitives, chacun cherchait dans les anciennes coutumes une garantie pour ses privilèges ou un prétexte pour ses usurpations; les esprits aiguisés par les discussions politiques en comprenaient mieux le sens, et le patriotisme très vif inspirait une sorte de vénération pour ces. témoins de la sagesse des ancêtres : de là ce grand travail de publication de textes et de commentaires qui se continue pendant tout le xvre siècle et fait encore aujourd’hui l’admiration de la postérité. C’est par la Constitution de Vladislas ? que s'ouvrent les grands recueils de lois; nous avons dit quel esprit animait ses auteurs, et ses funestes effets; elle est loin d’ailleurs d’avoir la clarté, la logique et la précision que nous sommes habitués à réclamer d’un code; c’est un premier essai, fort incomplet, assez obscur, à la composition duquel n’a présidé aucune pensée philosophique; mais il n’y en a pas moins une tentative curieuse dans cet effort pour tirer des sentences des tribunaux et des anciens règlements quelques formules générales de procédure et de droit.

1. Pour la littérature bohéme, consulter d’abord l’œuvre célèbre et magistrale de Joungmann (en tchèque), Histoire de la littérature tchèque : 1"° édition, Prague 1825; 2°, beaucoup augmentée, mais très fautive, 1847; — le Manuel de J. Jiretchek, excellent et souvent indiqué déjà; la Chrestomathie tchèque, Prague 1845; l’Anthologie de littérature tchèque par J. Jiretchek, Pr. 1881; l'Histoire de la littérature tchèque de Sabina, écrite avec beaucoup d'animation et très suggestive, d’une érudition étendue, malgré des lacunes et des erreurs; une courte Histoire de la littérature de Tieftrunk, 2° édition, Prague 1880; Pypine et Spasovitch, Histoire des littératures slaves, 1°" volume, Saint-Pétersbourg 1881, (en russe).

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