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vouement et au devoir! C’est l'honneur de la Bohême d’avoir produit une lignée ininterrompue de grands écrivains qui, de Dalimil à Palatsky et à Rieger, se transmettent ainsi l'amour de la patrie, le culte de ses traditions, sans que les revers affaiblissent leur confiance ou que les défections diminuent leur foi. Vchehrd mérite une des premières places dans cette élite. Non, en dépit de toutes les fautes commises, de toutes les tristesses de l'heure présente, toute espérance n’était pas perdue, puisque la Bohême comptait encore de si nobles fils; le sang généreux qui avait fait les vainqueurs de tant de combats n'avait pas perdu sa pourpre en coulant dans le cœur de leurs enfants; 1l eût été possible encore d’arracher la nation à ses défaillances et à ses divisions; mais l'heure pressait, le mal gagnait, la gangrène s’étendait: le livre de Vchehrd reste un impérissable monument élevé à l’ancien droit tchèque, mais ce ne sont pas les livres qui refont une nation, ce sont les hommes, et la Bohême n'en trouva pas.
Vchehrd lui-même est saisi de sombres pressentiments. Le contraste avec Tstibor est saisissant et tristement instructif. Celui-là écrivait en Moravie vers 1485; celui-ci en Bohême, une vingtaine d'années plus tard : déjà les conséquences de la transformation constitutionnelle sont palpables; aussi à la tranquillité sereine et à la hauteur souriante du grand seigneur morave ont succédé l'inquiétude et une mélancolique anxiété. Vchehrd sent que le combat qu'il soutient est déjà perdu ou dans tous les cas fort incertain : les lois, les usages slaves perdent partout du terrain ;il entrevoit les suites déplorables de cette invasion des coutumes étrangères; 1l y a dans l’ardeur de son patriotisme une sollicitude angoissée; la sincérité de sa passion l’éclaire sur les dangers de l'avenir. C’est dans les heures de crise seùles que les sentiments arrivent à ce degré d’exaltation.
Au lendemain du triomphe définitif de la noblesse, en 1501, il écrivait ainsi le dithyrambe le plus sincère peutêtre et le plus ému dans sa simplicité qu’ait jamais inspiré la langue tchèque. Il offrait au public une traduction de la
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Conversion du Pécheur de saint Jean Chrysostome ; il s’était proposé par là, nous dit-il, de ramener les âmes à Dieu, mais une autre raison aussi l'avait poussé à ce travail : il voulait essayer de donner à la langue tchèque plus de puissance, de largeur et de noblesse; « car elle n’est pas aussi pauvre et dure que quelques-uns le croient; elle est assez riche, au contraire, et assez souple pour pouvoir exprimer tout ce qu'expriment le latin et le grec. À moins que je ne sois induit en erreur par mon amour pour ma langue, il n'y a pas de livre grec ou latin qui ne puisse être traduit en bohême. Et pour l'élégance, je ne sais si on ne pourrait pas tout dire en tchèque avec autant de douceur, d'éclat, de charme, qu’en latin ou en grec, si seulement nous travaillions de toutes nos forces à développer ses qualités. Nos voisins, dont la langue est si dure, si rocailleuse, si obscure que souvent, quand deux Allemands parleñt entre eux, ils ne se comprennent pas, ne négligent rien pour la perfectionner, l’enrichissent en empruntant certains mots aux Latins ou aux autres peuples, traduisent les livres anciens, si bien que les œuvres qui en Bohême ou ailleurs sont connues seulement des savants, en Germanie, les ignorants mémes les lisent et en profitent. Aussi est-ce une chose étonnante et dont beaucoup de gens sont surpris, combien les villes impériales, dans lesquelles les Allemands sont en majorité, combien les pays impériaux s’enrichissent, grâce à l’ordre qui y règne, sans troubles, sans violences, sans meurtres, sans vols, sans dévastations, maintiennent de longues années leurs constitutions et leurs lois, grandissent chaque jour en richesse, en gloire, en honneur, en sagesse, s’illustrent des productions des lettres et des arts. » — Pourquoi la Bohême n'aurait-elle pas la même fortune? Que ne puise-t-elle aussi aux sources intarissables de la beauté et de la sagesse antiques? « Que d’autres, et 1ls sont nombreux chez nous, écrivent leurs livres en latin et travaillent à perfectionner la langue latine, apportant ainsi de l’eau à la mer; pour moi, je veux traduire en tchèque les œuvres et les livres des anciens et des bons auteurs ; je pré-