CHUTE DE CONSTANTINOPLE OI
met II et la sincérité des manifestations contre le Croissant; dans les démonstrations pontificales en particulier, 1l y a souvent plus de convention que de conviction. Les papes jouent le rôle que leur impose leur titre de représentants et de chefs de la Chrétienté ; de fait, ces questions lointaines leur tiennent beaucoup moins au cœur que celles dans lesquelles sont engagés leurs intérêts immédiats. Ils étaient beaucoup trop prudents et raisonnables pour se jeter à corps perdu dans une entreprise dontils nese dissimulaient pas l'extrême difficulté; mais la gloire et le surcroît d’influence que leur auraient valus une croisade victorieuse, les traditions, l'imagination et les habitudes d’une politique prévoyante qui ne dédaigne rien, leur ordonnaient de ne pas paraître trahir la cause chrétienne et même de chercher sincèrement les moyens d'arrêter l'invasion musulmane.
Tout les y poussait : Italiens, ils étaient déjà en contact
avec les Turcs qui, par terre et par mer, menacaient la péninsule; chefs de l'Église, devaient-ils laisser aux mains des Infidèles Constantinople après Jérusalem ? Souverains, quel meilleur moyen de relever leur prestige que de montrer de nouveau au siècle incrédule la papauté à la tête de l'Europe en armes! Lettrés enfin et néophytes de la Renaissance, leur âme débordait d’une amère tristesse à la pensée que la terre sainte des lettres et des arts gémissait sous le joug des Barbares. |
Le péril turc était à ce moment tres réel : la Hongrie était à bout de forces, déjà entamée ; les provinces autrichiennes ne formaient pas encore un véritable État; elles étaient morcelées entre divers princes qui se détestaient, désolées par la guerre civile. Les alliés mêmes de Frédéric n'avaient ancune illusion sur le dévouement et l'énergie de ce chef des Habsbourgs ‘. Dans ces conditions, la Bohème était
1, M. Bachimann a essayé de réagir contre l'opinion, jusqu'à lui à peu prés unanime, qui voyait dans Frédéric III un des princes les plus médiocres du xv° siècle et un des plus détestables empereurs qu'ait eus jamais l'Allemagne. Cp. Ranke, Deutsche Geschichte im Reformationszeitalter. M. Bachmann lui attribue le sentiment de la justice, une piété d’ailleurs très éloignée de l'intolérance, des mœurs honnêtes et pures; le respect de la