‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 57 sur 289 · LES CONVICTIONS RELIGIEUSES DU ROI · texte numérisé non relu

LES CONVICTIONS RELIGIEUSES DU ROI

une religion, que tous ses sentiments et ses souvenirs rattachent à une Église, mais qui après tout n’accorde aux dogmes spéciaux qu’une importance secondaire. Dans cet état d'âme, une conversion, condamnable si elle n’est déterminée que par des motifs égoïstes, est très naturelle et mêmé louable si'elle est commandée par des considérations générales. L'idée d'abandonner le calice s’est offerte sans doute plus d’une fois à Georges : en a-t-il à aucun moment pris la résolution formelle? — On l’a supposé sans en apporter jamais de preuve bien claire. Lorsque A RS de Mayence lui proposa de soutenir sa candidature à l'Empire, une des conditions de l’Électeur fut que Georges ramènerait son peuple à l Église romaine : mais il n'est pas: démontré que Georges ait pris per rsonnellement un engagement précis à ce sujet. Les arguments par lesquels on cherche à l’établir sont de valeur contestable et ne remplacent pas un document. La seule déclaration officielle de Georges est qu'il ne peut pas renoncer aux Compactats. On objecte, non sans raison,que déjà àcemomentl’opposition du Brandebourgrendait très peu probable le succès du plan de Podiébrad et que celui-ci ne tenait plus guère à plaire à l'archevêque, dont le concours lui était inutile. Seulement ce dernier aurait-il Jugé nécessaire d’exiger une nouvelle déclaration d’ orthodoxie, s’il avait eu des promesses aussi catégoriques qu’on le prétend? Il fut bien aussi question de demander à Pie II qu’il nommât Georges roi des Romains et successeur de Frédéric III. Mais ce projet, dont on fait grand bruit, a-t-il été seulement approuvé par le roi 1? tronnment admettre que Georges fût assez peu instruit des véritables intentions du pape pour compter sur un appui absolu de la Curie 2? Quelque large que l’on veuille faire la part de son esprit chimérique, il ne me semble pas qu'il ait donné des marques de sottise telles qu'o on n puisse; sans AMEN probant, l' accuser de cette

. Tomek VII, P. 24.

- Etcela'au moment où le pape venait d'excommunier ét wicléfistes et

4 déclarer déchus de leurs dignités tous ceux qui, de près comme de loin, se rattachaient à eux.

88 PODIÉBRAD ET L'UTRAQUISME

absurde folie qui n'allait à rien moins qu’à conquérir l’Allemagne, et avec quelles forces? Celles d’une royauté discréditée et affaiblie par l’apostasie. L'on s'appuie aussi, pour démontrer ses intentions de conversion, sur le nombre de conseillers catholiques qu'il avait autour de lui et sur la sympathie qu'il leur montrait : comment en aurait-il été: autrement, alors qu’il s’efforcait d’effacer le souvenir des discordes civiles, d’habituer les adversaires et les partisans de la Papauté à oublier, dans un dévouement commun à la patrie, leurs rancunes et leurs haines? Et cela nous explique aussi l'influence qu'’exerça quelque temps sur lui l’évêque de Breslau, Jost de Rosenberg, quiunissait dans son cœur la Bohême et l'Église.

En résumé, aucun fait précis : nous en sommes réduits aux conjectures. Il est vraisemblable que Georges s’est demandé plus d’une fois si les Compactats valaient bien le prix qu’on devait les payer, mais qu'il s’est résigné de bonne grâce et très vite à une nécessité contre laquelle il ne pouvait rien. [l connaissait trop bien son peuple pour supposer qu’il renoncerait librement au calice, L’y contraindre? Il n’y songea pas une minute, Outre ce qu’il y aurait eu d’odieux dans cette conduite, elle était impraticable, On lui a reproché cependant cette fidélité à l’'Utraquisme comme un acte de faiblesse, on l'a accusé de ne pas avoir eu l'énergie morale nécessaire pour faire son devoir de roi, on lui oppose l'exemple de Henri IV dont la conversion fut si heureuse pour la France. On ne réfléchit pas que les ressemblances entre les deux situations soht purement extérieures. Sans parler de la force que tirait Henri IV de sa naissance et de la légitimité de ses droits, la religion à laquelle il se ralliait était celle de l'immense Majorité de ses sujets; les Utraquistes représentaient les trois quarts du peuple tchèque : fallaitil que Georges rompiît avec eux, trahît ses alliés naturels; ceux qui l’avaient toujours soutenu, et cela pour gagner quelques seigneurs, dont l’appui serait toujours équivoque? Comment l’accuser de s’être refusé à déployer de nouveau le drapeau des guerres civiles? Sans le soupconner d’entêtement

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