POLITIQUE RELIGIEUSE DE GEORGES
dogmatique, comment, toutes choses égales d’ailleurs, n’aurait-il pas préféré demeurer uni à ceux qui ne lui avaient marchandé ni leurs biens ni leurs vies, dont il regrettait peut-être l’obstination, mais sans la blâmer et avec une secrète admiration ?
Il ne se dissimulait pas d’ailleurs que sa fidélité aux Compactats, presque fatalement, entraîneraït une rupture avec l'Église, et, commeil n’apercevait aucun moyen d’yéchapper, il recourait aux expédients, aux palliatifs, attendant de l'avenir une solution, un secours imprévu, heureux au moins de gagner du temps. Il était fort troublé des complications qu'il prévoyait, redoutait plus encore la lutte qu’à l’époque de Ladislas, d’abord parce que son œuvre était plus avancée, la prospérité mieux assise, et qu’il éprouvait une amère tristesse à la pensée de voir anéantir le travail de sa vie entière, puis aussi parce qu'il ne sentait pas le sol très ferme sous ses pieds. La Bohême était respectée et redoutée au dehors, sés forces étaient considérables : toutes les fois que Georges est en guerre avec un de ses voisins, sa supériorité est évidente ; sans efforts, en quelques jours, il réunit des armées redoutables. Mais la condition de cette puissance était, dans une large mesure, l'union des partis; l'hostilité déclarée du pape l’atteignait dans ses éléments constitutifs. Quelle influence resterait au royaume divisé contre lui-même? Quelles ressources pour faire face à l'ennemi? — Tout délai diminuait le danger. Peu-à-peu, sous une direction ferme, prudente, équitable, les passions s’apaisaient ; de temps en temps, le fanatisme qui couvait sous la cendre se manifestait par quelques querelles de prêtres ou les décrets arbitraires de quelques municipalités auxquels le roi n’était pas toujours libre de s'opposer; malgré tout, ils’établissait peu-à-peu un régime de tolérance, les passions religieuses perdaient de leur violence, et les questions dogmatiques dominaient moins exclusivement les esprits. Plusieurs années auparavant, le pape faisait déjà allusion à cette union morale rétablie en Bohême, « où les brebis vivaient paisiblement avec les loups. » Chaque sursis amenait un nouveau progrès, fortifiait le sentiment national aux dépens de l’exclusivisme