‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 66 sur 289 · LEUR ÉCHEC · texte numérisé non relu

LEUR ÉCHEC

n'aient pas, si non connu, au moins soupçonné l’abjuration etle serment du sacre; ils les avaient interprétés dans le même sens que Georges lui-même et ne s'étaient pas crus visés par les menaces contre les hérétiques. Peu à peu cependant quelques soupcons naissaient, grandissaient : la faveur du roi pour certains catholiques, l'influence de l’évêque de Breslau et de divers autres conseillers de même nuance, les espérances qu'ils affichaient, les relations avec les princes allemands, l'alliance avec l'archevêque de Mayence, avaient été vues d'assez mauvais œil. La persécution des Frères de Kheltchitsky, contre lesquels on n'avait guère d’autres griefs que leur ascétisme, avait attristé tous ceux qui désiraient encore la réforme de l'Église. L'audace de Jost fut la goutte d’eau qui fait déborder le vase. L’émotion fut telle que l’on craignit une journée révolutionnaire '. Le gras évêque dut quitter la ville précipitamment, Georges revint en toute hâte, et, pour calmer les esprits, confirma solennellement les libertés et les privilèges du pays, en y comprenant les Compactats {15 mai 1461).

La tentative des Catholiques avait tourné contre eux; leurs efforts n'avaient abouti qu’à réveiller l’ancien fanatisme : les passions endormies étaient de nouveau déchaïnées. Le jour du Saint-Sacrement, deux processions parcoururent la ville ; le roi et la reine suivaient la procession utraquiste, les seigneurs catholiques, l’autre; on redoutait un conflit, et les catholiques avaient caché de longs couteaux sous leurs habits. On les accueillit par des huées, 1 s’en fallut peu qu'une bataille sanglante ne s'engageàt ?. Les décrets qui à Prague ne reconnaissaient de droits civils et politiques qu’à ceux quicommuniaient sous les deux espèces et qui n'étaient

1. D'après Frind, Kirchengeschichte, IV, p. 52, Rokytsana aurait prêché contre le roi dans l’église du Tyn, mais le fait est plus que douteux, sans autre preuve que le récit d'Hajek, toujours suspect. — Quant à l'émotion des Utraquistes, M. Goll ne paraît pas la prendre très au sérieux. Cependant le vieux chroniqueur dit, p. 176 : «Cette année, le Jeudi Saint, l’évêque de Bres lau prècha au château de Prague contre le calice. Et il y eut à cause de cela un grand tumulte dans la ville de Prague contre le gras évêque ». — Ce qui me semble plus caractéristique encore, c'est le brusque revirement du roi.

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