NEUTRALITÉ DE L'ALLEMAGNE | LII
du roi, purement nominal, ne s'était jamais exercé dans la ville. Naturellement Pie IT n'insista pas pour qu'ils se soumissent à Georges, mais les dégagea de la promesse en vertu de laquelle ils devaient lui rendre hommage. Ils sont désormais en pleine insurrection, et pendant plusieurs années, au milieu de la tranquillité générale, ils sontles seuls à combattre ouvertement pour la cause romaine, Le rôle qu'ils jouent alors est considérable, peut-être décisif. Is ne cessent d'encourager et de pousser le pape, empêchent en quelque sorte la prescription de la guerre, entretiennent au milieu du calme qui persiste partout ailleurs une sourde inquiétude, et sont pour le roi un embarras et une menace avant d’être un danger; ils forment le centre d’attraction qui attire les convoitises et les rancunes, le point de ralliement de tous les éléments d'opposition.
La forfanterie belliqueuse de Breslau ne suffisait pas, malgré tout, pour renverser le monarque hérétique : la diplomatie du roi fut si habile que pendant assez longtemps la papauté en fut réduite à cette seule alliance. Pie IT comptait sur Frédéric : l'Empereur, menacé dans Vienne par les rebelles, fut obligé de se jeter dans les bras de Georges ; délivré par lui, il récompensa son intervention par le traité de Korneubourg (décembre 1462); 11 confirmait solennellement tous les privilèges de la Bohème et s’engageait à s'entremettre auprès du pape en faveur du roi. « O malheureux temps où nous vivons, s’écriait Pie IT, Ô pauvre Allemagne, misérable Chrétienté, dont l'Empereur ne peut être sauvé que par un roi hérétique! (31 décembre 1462.) — La division de l'Allemagne, troublée par la querelle des Hohenzollern et des Wittelsbach, pouvait offrir quelques chances à la Curie qui aurait exigé d’un des partis, en échange de son appui, des secours contre les Hussites; la paix fut rétablie à la conférence de Prague par les soins du roi, qui y parut l'arbitre des destinées de l'Empire {août 1463) !. — Le pape n'était pas plus heureux avec la Polo-
1. Bachmann, qui n'exagère certes pas la puissance et les succès de Georges, parle cependant de la position dominante qu’il occupe en Allemagne vers cette époque. (I, 410.)