LA RÉACTION CATHOLIQUE
était contraire à la lettre du traité. C'était une sorte dé poussée lente, de pression continue, qui emportait peu à peu tous les obstacles. On écartait les hommes dont on redoutait l'énergie et on confiait aux plus timides ou aux plus irrésolus les postes les plus importants. Rokytsana, dont on connaissait le dévouement au calice et dont les États demandaient la nomination à l'archevêché de Prague, était rem-
placé dans ses fonctions d'administrateur, qui mettaient sous .
ses ordres tout le clergé utraquiste, parun des membres les plus compromis du parti ultra-modéré, Christian de Prachatitse; on le dépossédait même de sa cure du Tyn, et il était bientôt après forcé de fuir Prague, où sa vie n'était plus en sûreté. Les premières Mots du pays étaient réservées aux seigneurs les plus Hbstiles aux idées nouvelles, et les aissidénts; poursuivis avec une extrême rigueur !: Grisés par leurs premiers succès, l'Empereur et les catholiques voulurent aller trop vite et découvrirent imprudemment leur plan. En présence de cette réaction violente, les moins perspicaces s’effrayèrent et les plus calmes perdirent patience; l’émotion était générale et une révolte semblait imminente; une partie du pays était déjà en armes contre Sigismond, et la mort seule le préserva d’être une seconde fois chassé du trône. |
Les partisans de la papauté étaient dupes d’une erreur
dont une longue expérience et de très lourdes mésaventures .
ne les guérirent jamais complètement. La modération de leurs adversaires les avait trompés. Ils avaient déjà remporté trop facilement trop d'avantages, ils ne se doutaient pas qu'il y avait un point au-delà duquel la résistance serait
invincible. Le singulier état d'âme de ces hérétiques invo-
lontaires, qui ne se décidèrent jamais à choisir entre la soumission et la révolte et qui n’eurent jamais le courage d’accepter une rupture ouverte avec l'Église ou de renoncer aux libertés qu’elle leur refusait, restait lettre close pour eux, et
- Dans un seul jour, cinquante-sept rebelles furent pendus à Prague, La
es fut grande, parmi le peuple, nous dit le vieux chroniqueur, et chaque fois que l'on en parlait, tout le monde pleurait, (Tomek, VI, p. 40).
TIMIDITÉ DES HUSSITES 5 on ne saurait s’en étonner puisqu'aujourd’hui encore nous avons quelque peine à nous l'expliquer. Entre les représentants de la hiérarchie du moyen âge et les sectaires qu’indignait la façon dont elle avait usé de l'Évangile pour fonder sa grandeur et sa richesse, toute transaction était Impossible : on concilie des intérêts, non des principes opposés. Mais les Utraquistes se refusaient à l’admettre. — Par timidité et par faiblesse? — Dans une certaine mesure, et il serait injuste de les en blâmer trop durement. L'idée de l'unité catholique avait dans les âmes des racines trop pro. fondes pour que les plus hardis n’éprouvassent pas un invincible effroi à la pensée d’un schisme.— Mais surtout, ils n’en admettaient pas la nécessité parce qu'ils étaient trop profondément convaincus de la modération de leurs désirs et de la discrétion de leurs demandes. Tous les catholiques n’avaient-ils pas reconnu les abus qui avaient pénétré dans l'Église? À Constance et à Bâle, les docteurs les plus respectés ne s'étaient-ils pas prononcés pour la nécessité d'une réforme ? S’armerait-on contre les Tchèques de leur piété
plus ardente? Cessait-on d’être chrétien pour prendre au
sérieux le salut des âmes et l'intérêt de la foi? ti . En s’obstinant à se proclamer les membres fidèles d’une Église dont ils repoussaient les arrêts, les Utraquistes se plaçaient cependant dans une situation très fausse. Non seulement ils donnaient prise sur eux à leurs adversaires ets’ex-', posaient au reproche de contradiction et de duplicité, mais. ils rénoncçaient à tirer de leurs principes les conséquences. qu'ils renfermaient et perdaient ainsi tous les avantages de. leur révolte. L'influence énorme qu'a exercée le protestan-
tisme dans le monde tient beaucoup moins aux dogmes qu'il
a proclamés qu’à ce qu'ila,en fait sinon en droit, revendiqué l'indépendance de la conscience humaine. Pourquoi les Ca- Jixtins peuvent-ils être considérés comme les précurseurs du
. protestantisme? — Parce qu'ils ont communié sous les deux
espèces ? — Maigre conquête ; mais 1ls ont continué à distri buer le calice malgré les décrets du concile de Constance, c'est-à-dire 1ls ont opposé les droits de l'individu à l'autorité