EXPLICATION DE SA CONDUITE
la Bohême sortirait épuisée et appauvrie. Et que d'incidents à craindre! Le premier résultat de la déclaration de guerre était de forcer sur le champ à se prononcer tous ceux qui étaient encore indécis, de grossir l’armée pontificale de tous les timides et lés tièdes. L'événement le prouva : dès l’ouverture des hostilités, la Silésie presque entière, les deux Lusaces, les grandes villes de Moravie passèrent aux insurgés. Ne valait-il pas mieux prolonger l’équivoque tant qu’on le pourrait, ne pas mettre les catholiques dans la nécessité de choisir entre leur roi et leur foi? Georges d’ailleurs n’était plus ce qu’il était au moment de la surprise de Prague. IT avait beaucoup vieilli, beaucoup grossi, souffrait des premières atteintes de l’hydropisie dont il mourut quelques années plus tard. Enfin, 1l n'avait pas les mains complètement libres, et l'attitude de ses partisans l’obligeait à des ménagements. Les longues années de paix avaient amolli les âmes, et les Utraquistes ne prenaient pas volontiers leur parti d’une nouvelle guerre civile. Les plaintes des seigneurs
contre les usurpations du roi n'étaient pas non plus sans
écho parmi les nobles fidèles; l’esprit de caste était puissant
chez eux, ils poussaient aux concessions, demandaient des
négociations, croyaient aux compromis : l'énergie du sou-
verain eût été vite suspecte, on l'aurait aisément accusé de
sacrifier à ses rancunes les intérêts généraux de la nation,
Il y eût eu un grand rôle à saisir, réveiller les passions ré=. volutionnaires, soulever la plèbe contre la noblesse et fon-
der sur les ruines du parti aristocratique et catholique une
royauté indépendante et populaire. L'idée n’en vint même
pas à l’esprit de Podiébrad. Déchaîner une jacquerie, lui
qui avait horreur de la violence, du désordre, de l'anarchie!
Et d’ailleurs, le parti révolutionnaire existait-il encore? II
avait été terriblement décimé et son abattement moral était plus grand encore que sa faiblesse matérielle ï.
1. Un pamphlet contre les habitants de PIzen et les seigneurs invite le roi avec l’aide des chevaliers, des bourgeois et des paysans, à chasser les seigneurs du pays. On trouve aussi çà et là une allusion à une certaine agitation populaire. On pourrait enfin rattacher à ce mouvement des pamphlets;