FRÈRES ET LUTHÉRIENS
uvitc viu pouvoir et une déclaration des conditions que \la\iinilicn mettait à la liberté religieuse. Cela n'empêcha |MN Bivihoslas de s'élever dans une réplique émue, sinon \ lolcuiv» contre l'apostasie qu'on lui proposait. Les Frères UM se dci>artirent jamais de cette ligne de conduite. Leurs I *4>^vrts avec les Luthériens restèrent ainsi toujours équivovjucs^ embarrassés, et l'échec de toutes les négociations laissa chc^ ceux-ci une amertume d'autant plus profonde que la i.\>nduite des Frères était en contradiction flagrante avec leurs effusions. C'est une des pages douloureuses de l'his- Xoux de Bohême. La sympathie s'éloigne des deux partis : lu condamnation hésite entre les Luthériens, hautains, violents, intolérants, et les Frères, incertains et obstinés.
Plutôt que de condamner les gens, il faut pourtant essayer de les comprendre, et Ton s'aperçoit alors sans peine que les contradictions les plus inexplicables en apparence ont leur raison d'être, et que les hommes ne sont pas toujours responsables de leurs fautes '. — Qu'il y ait eu dans l'attitude de Blahoslas et de ses amis une part de préjugé et d'irréflexion, un attachement peu raisonné à de vieilles habitudes, une horreur puérile du changement, il faudrait n'avoir aucune idée des corporations ou des assemblées ecclésiastiques en général pour en douter ou s'en étonner. Dieu nous a bénis à cette heure-là, pourquoi en changerions-
I. La plupart des écrivains qui ont retracé Thistoirc des Luthériens et des Frères, sont très sévères pour les premiers. — Il ne saurait venir à Pesprit de personne de tenter la réhabilitation de ces seigneurs, si jaloux de leur liberté et si peu respectueux de celle d*autrui, dont les ambitions politiques se dissimulent mal sous les revendications religieuses. Mais tous les torts ne sont certainement pas de leur côté. £st>il juste d*abord de leur faire un grief de n*avoir pas eu Tidée de la tolérance telle que nous la comprenons aujourd'hui ? Était-il surtout en leur pouvoir d*y convertir Maximilien ? Les Frères d'ailleurs, par leurs déclarations, avaient justifié des espérances qu'ils se refusèrent ensuite à réaliser, et leur opposition tatillonne les exposa très justement au reproche de duplicité. Sans doute, ils avaient parfaitement le droit de ne pas accepter la confession d'Augsbourg, mais ils avaient le devoir d'avouer nettement leur foi. Donner et retenir ne vaut. L'étude attentive des documents publiés dans le 3* volume des Diètes tchèques ne me parait laisser aucun doute sur ce point; les membres de l'Unité montrent une étroitesse d'esprit et une indifférence aux intérêts généraux du parti protestant qui expliquent l'exaspération de leurs partenaires.
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nous, répondait 9 il y a quelques années ^ un conseil de fabrique aux fidèles qui lui demandaient de mettre le service divin à dix heures, au lieu de midi. C'est dans un sentiment analogue, — et après tout respectable, — que les Frères attachaient tant d'importance à ce qu'on ne modifiât pas telle formule ou telle partie du costume sacerdotal. Les raisons d'utilité pratique qu''on leur donnait les effarouchaient : « Ils vivaient dans le monde, lisons-nous dans un de leurs hymnes, mais ne l'aimaient pas. Ils avaient leur pensée, leur âme, leurs désirs, là où se trouve Téternelle félicité. Ils étaient ici comme en exil. Tous leurs soins s'attachaient à l'étemelle demeure, où, sans or et sans argent, toute âme est riche. » Par cela même, ils n'admettaient pas de commune mesure entre la vérité et l'intérêt séculier, et toute transaction leur paraissait une apostasie.
Il est probable cependant qu'ils se fussent dégagés de ces terreurs un peu mesquines, et il est certain qu'il s'était glissé dans leurs rangs assez de politiques avisés pour les y amener, s'ils n'avaient eu pour persister dans leur isolement des raisons plus sérieuses, — qu'ils sentaient confusément plutôt qu'ils ne les apercevaient clairement, mais qu'il est possible de dégager au milieu de l'ambiguïté de leurs déclarations.
On a trop longtemps expliqué par des causes extérieures et superficielles la division qui a, presque dès la première heure, scindé en deux fractions irréductibles le parti protestant européen. La vérité est que, parmi eux, les uns, choqués sunout des abus qui s'étaient introduits dans l'Église, ne s'étaient séparés de Rome que sur un petit nombre de questions; ils avaient en quelque sorte réduit le schisme à un minimum, et, à la rigueur, une réconciliation n'était pas absolument invraisemblable entre eux et la Papauté. La Curie n'a jamais poursuivi de la même haine les Luthériens et les Calvinistes, et les nuances de sa colère répondaient assez exactement à la réalité des choses. Vis-à-vis des Calvinistes, elle ne garda aucun ménagement, tandis que, vis-