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LES PRÉLUDES DE LA CRISE

Depuis quelque temps, des symptômes manifestes annonçaient l'approche de l'orage. Maximilien fuyait la Bohême, ne s'occupait du royaume que pour solliciter des subsides, sacrifiait à sa politique dynastique les intérêts du pays. La guerre avec les Turcs, témérairement engagée et maladroitement soutenue, s'était terminée par un traité peu glorieux (i568), et l'on n'avait pas même les bénéfices de la paix. En dépit de la trêve et bien que l'on vantât la modération du sultan Sélim, il fallait sans cesse arrêter les incursions des Ottomans, construire de nouvelles forteresses en Hongrie, payer les garnisons; c'était un fleuve d'or par lequel s'écoulait toute la richesse de la Bohême. Et pour quelle récompense? — Les soupçons et l'insolence des Magyars. Il y avait là comme une illustration matérielle de la déchéance politique du pays, et le patriotisme des seigneurs redevenait ombrageux depuis qu'ils étaient atteints à l'endroit sensible.

Quand cela finirait-il? — Nulle espérance; on était lié pour toujours à cette damnée famille des Habsbourgs. Pourquoi n'avoir pas imité la prévoyance des Polonais? Ils élisaient leur roi, eux, étaient maîtres de leurs destinées. Et les souffrances matérielles, les blessures de l'orgueil national réveillaient ainsi les ambitions oligarchiques. L'occasion ne surgirait-elle jamais de prendre une revanche du désastre de 1547? L'absence du souverain, sa faiblesse, ses variations, relevaient peu à peu les courages; les sessions des •diètes étaient plus houleuses, leurs votes plus douteux.

Sur quel terrain porter le débat? — D'instinct, les seigneurs choisirent le terrain religieux. Les raisons en sont évidentes. D'abord, la royauté était, depuis Ferdinand, fort redoutable et fort redoutée; il eût été dangereux de la provoquer en face. Maximilien défendrait moins vivement l'au-

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