L^ RÉACTION RELIGIEUSE
Bien que le résultat réel de toute cette agitation fût presque nul et qu'il soit absurde de parler de persécution, les Protestants étaient mécontents et avaient le droit de l'être. Il se formait autour d'eux une conspiration qui ne dissimulait pas ses projets : attendraient-ils pour se défendre qu'elle eût paralysé toutes leurs forces? Leurs divisions leur créaient déjà bien assez de difficultés en face d'adversaires admirablement disciplinés. Il .y a par tous les pays une masse flottante, qui est la proie des ambitieux et des violents; la livreraient-ils aux Catholiques? Les nouvelles qui arrivaient du dehors augmentaient leurs angoisses : en Silésie, en Lusace, en Autriche, en Hongrie, la réaction remportait victoires sur victoires, et ses progrès n'étaient arrêtés que par les discordes de ses propres agents. En Moravie, le cardinal de Dietrichstein réduisait au silence Ziérotyn et les Protestants de la diète, et la liberté religieuse, qui récemment encore y paraissait inébranlable, n'y était plus qu'un souvenir. Comment le péril commun n'aurait-il pas rapproché les chefs de l'opposition dans les divers pays soumis aux Habsbourgs, et pouvaient-ils ne pas songer à exploiter à leur profit les circonstances favorables, les inci-
vinistes, dit Winder dans son Traité sur la suppression de l'hérésie, il faut les frapper avec l'épce, les chasser, les détruire, les brûler avec le feu, le soufre et la poix, les exterminer et les annihiler, les persécuter par tous les moyens et jusqu'à anéantissement complet..., en un mot, les poursuivre jusqu'à la mort et les extirper par toutes les tortures et les châtiments. » — « Sachez-le, dit un autre, nous tous, ici et dans le monde entier, nous avons formé une sainte ligue ; notre puissance est grande, nous sommes déjà 80,000; nous n'épargnerons ni peine ni travail, ni soin ni habileté pour vous détruire, vous, votre religion, votre pays et votre peuple, tant qu'il restera un de nous. Et personne ne nous en empêchera, pas môme un ange du ciel. » Â quoi bon rnultiplier les citations ? Esl-il un seul catholique sincère qui conteste à l'Eglise le droit et le devoir de travailler, par tous les moyens, à la ruine de l'hérésie ? — Les Protestants étaient donc en légitime défense, et l'inanité des tentatives de leurs ennemis ne changeait rien à la situation au point de vue du droit. — Que l'insurrection ait été opportune, qu'il n'eût pas mieux valu dédaigner des provocations encore stériles et, dans tous les cas, qu'il eût fallu laisser à la nation le temps d'apercevoir nettement le danger, c'est une autre question. Que beaucoup de chefs de la révolte surtout aient été heureux de prétextes que guettait leur ambition^ c'est incontestable. Mais tout cela ne suffit pas à déplacer la responsabilité, et les agresseurs furent certainement les Jésuites. On est libre de les en louer ou de les en blâmer ; il me paraît puéril de les en défendre.