‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 153 sur 239 · L^ARMÉE · texte numérisé non relu

L^ARMÉE

aucun moment, il n'eût fallu un plus grand élan d'enthousiasme et un héroïsme plus désespéré, pour compenser l'extrême inégalité des conditions du combat.

Au XV* siècle, lorsque Sigismond avait attaqué les Hussites, il menait derrière lui des bandes indisciplinées et inexpérimentées, et les Tchèques eurent très vite sur leurs agresseurs la supériorité de l'armement et de la tactique ; les troupes qui se rassemblaient pour exterminer l'hérésie, recrutées au hasard, sans chefs, avides de butin, ne savaient ni marcher ni se battre ; leur nombre même était un embarras; elles se ruinaient elles-mêmes, et les vieux remparts des villes, défendus par les milices bourgeoises, bravaient leurs bruyantes et vaines menaces. Depuis lors, une grande révolution s'était produite dans l'art de la guerre : les armées permanentes avaient remplacé les levées en masse, l'armement s'était transformé, l'artillerie perfectionnée avait pris une importance à peine soupçonnée à l'époque de Zizka. Or, par suite du hasard qui avait depuis un siècle éloigné toute guerre sérieuse des frontières du royaume et de la lente déchéance qui les avait abaissés au rôle d'instruments d'une politique dynastique, les Tchèques, après avoir été les premiers initiateurs du grand changement accompli dans la tactique, n'en avaient pas suivi les progrès. Les conséquences de cette négligence avaient été déjà visibles en 1547, et il est certain que les lenteurs et la timidité des États s'expliquent en partie par Tinfériorité manifeste de leurs recrues en face des soudards italiens, espagnols ou allemands de Ferdinand et de Charles-Quint. Il arrive assez souvent que les nations qui ont eu à un moment une grande avance sur leurs voisins ou remporté d'éclatants succès, s'endorment dans une sécurité trompeuse, jusqu'au jour où elles sont réveillées de leurs rêves de gloire par une catastrophe : la Bohême n'était plus protégée que par ses souvenirs, et les observateurs attentifs ne s'y trompaient pas.

Elle est couvene par des montagnes, écrivait Giacomo Soranzo en i563, ou entourée par la forêt hercynienne, ce

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qui fait qu'on la tient pour difficile à attaquer; mais on y perce maintenant de telles trouées qu'il est très malaisé d'en garder les passages '. Rien n'avait été fait pour remplacer les anciennes défenses, aujourd'hui tombées : aucune foneresse nouvelle n'avait été construite, et les remparts croulants des villes ne résisteraient pas à une attaque en règle.

D'ailleurs, pour soutenir un siège, il eût fallu des troupes, et on n'en avait pas. Les rois demandaient aux États de l'argent, non des soldats. La Bohême fournissait toujours des jeunes gens hardis et avides d'aventures : ils cherchaient fortune à l'étranger, entraient dans les légions soldées et perdaient rapidement tout esprit national : à un moment donné, les défenseurs de l'indépendance nationale auraient à combattre ceux même qui, avec un peu plus de prévoyance, auraient constitué le fonds solide de leur armée. La guerre devenant une profession, la masse de la population en avait perdu l'habitude et le goût : les mœurs des mercenaires étaient telles que, même à une époque de civilisation assez peu raffinée, la plupart de ceux qui avaient quelque valeur morale ou quelque culture intellectuelle, éprouvaient une invincible répugnance à frayer avec eux, d'autant plus que les expéditions étaient lointaines, les souffrances qu'elles entraînaient cruelles, et leur but fort peu populaire. On détestait les Magyars, on était harassé de ces combats avec les Turcs, qui coûtaient tant d'hommes et d'argent. La Hongrie, écrit Datchitsky, est le cimetière de l'Europe. Aussi, quand le roi, désespérant d'arracher aux États de nouveaux subsides, leur demandait des soldats, c'était à qui ne partirait pas : d'abord, les riches bourgeois, les conseillers, les employés s'affranchissent du service militaire, puis les privilèges s'étendent de proche en proche. Ceux qui ne réussissent pas à se faire exempter, achètent des remplaçants. Cette horreur du métier des armes est générale, ne provoque aucun étonnement, on ne s'en cache pas : à

i. Fiedicr, p. 304 et 3o5,/

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