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ne? Les maîtres arrivent frais émoulus de TUniversité, ils y ont passé quelques mois et leur bagage est assez mince ; ils ont leur fortune à faire et, s'ils aiment leur métier, c'est surtout lorsqu'ils ont réussi à le quitter et à se créer une autre position. Leur situation est fort instable : ils changent presque aussi souvent que les curés. Est-il vraisemblable dans ces conditions, en dépit de la bonne volonté de quelques hommes et d'une certaine amélioration matérielle, que les résultats généraux soient très brillants ? Il semblerait plutôt que l'instruction devient moins solide ; la connaissance du latin, moins générale. Au mois de mars 1609, le procureur chargé de lire une déclaration royale, défigure d'une façon barbare la formule latine : « telle était, ajoute Skala qui nous rapporte le fait, l'érudition de presque tous les procureurs tchèques, qui paraissaient à cette époque les plus robustes atlas de toute la chose publique ' ». L'Université compte quelques professeurs éminents; vers la fin du siècle, certaines réformes heureuses sont introduites, — bien modestes encore et timides, et le mal est si profond ! Qui oserait rappeler les jours de gloire où Prague disputait à Oxford et à Paris la direction de l'Europe chrétienne? Ces souvenirs, même après Bakhatchek, paraîtraient une cruelle ironie. Nulle part le résultat navrant des luttes confessionnelles et politiques n'apparaît avec une plus lamentable évidence. L'Université est protestante, et les rois naturellement réservent toutes leurs faveurs à ses rivaux, les Jésuites. Mais les Réformés ! — Seule, elle aurait donné à leurs prêtres l'instruction qui leur manquait et, par l'action lente et continue de ses étudiants, répandu dans le pays un ensemble d'idées moyennes communes. — Ces considérations générales s'effacent devant les plus étroites préoccupations. L'Université est suspecte aux Luthériens tant qu'elle est utraquiste, et elle devient suspecte aux modérés depuis qu'elle penche vers le parti avancé. D'ailleurs, les diètes sont
'• 1| Pi Ï97' n y avait la formule : ^d mandatum sac. caesar. majest. pro-^ prium, il lit : ad mandatum sacram ccesaream majestatem proprium.
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incapables de mener à bien une réforme qui eût exigé du temps et de la suite : sur ce terrain mouvant, aucune construction solide ne saurait s'élever. Tous les projets au bout desquels on n'aperçoit pas un bénéfice immédiat et concret, sont bientôt écartés : les parlements s'agitent et ne font rien, la révolution est la seule forme de l'activité politique qu'ils connaissent. De temps en temps, quelques orateurs signalent le mal, on nomme une commission, on présente un projet, puis, les États à peine séparés, l'affaire est enterrée, et les choses reprennent leur cours.
Les biens de l'Université ne lui ont pas été rendus ; ses ressources sont insuffisantes et précaires. Des prescriptions vieillies, (l'obligation du célibat par exemple), s'ajoutent à la médiocrité des revenus et à l'incertitude de la situation pour éloigner la plupart des hommes de valeur. Quelques professeurs émérites : ils font tache au milieu de médiocrités qu'ils troublent dans leurs habitudes et qui, par tous les moyens, veulent se débarrasser de leur gênant voisinage. Depuis que les relations avec l'Allemagne sont moins haineuses, la plupart de ceux que ne satisfait pas cette vie végétative vont chercher dans les universités germaniques une existence plus large et une liberté moins mesurée. Ceux qui demeurent, sont des employé^, timides, anxieux, qui ne voient dans l'étude qu'une carrière ; le plus clair de leur temps se passe à administrer leurs maigres revenus, leur principal souci est de ne pas se compromettre et de gagner à bon compte leurs pauvres appointements. Une seule Faculté, — avec des examens, des cours réguliers, au moins en principe, — la Faculté de philosophie. Pas de Faculté de droit! Dans un siècle qui est tout entier rempli par les polémiques religieuses, pas de Faculté de théologie! Les étudiants ne sont guère qu'une trentaine. Les professeurs s'endorment dans une nonchalante quiétude : les cours sont faibles et rares. Le vice endémique du siècle, l'ivrognerie, n'épargne pas les maîtres. « Le contubernium mériterait plus justement d'être nommé un combibernium. I) Présentations aux postes vacants, examens, anni-
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versaires, excursions, autant d'occasions de beuveries; les esprits s'échauffent, les conversations s'animent, et ce ne sont pas des questions scientifiques que Ton discute si âprement. Des querelles, on passe aux coups. Les maîtres n'ont pas même toujours la prudence de cacher leur vice dans l'intérieur du collège; ils jouent le rôle d'hilotes pour l'édification de leurs élèves : ceux-ci, avec une sorte de respect pour ce qu'ils seront eux-mêmes plus tard, soutiennent leurs pas titubants, les portent quand ils ne tiennent plus debout. Le lendemain, l'esprit est trouble, le travail pénible. En hiver, souvent les étudiants attendent à la porte du cours, en grelottant, un professeur qui ne vient pas. Ce sont les naïfs, les nouveaux ; au bout de quelques semaines, ils sont au courant, ne paraissent plus à la Faculté que de temps en temps. Plus d'un professeur fait une ou deux leçons pendant le trimestre, d'autres n'en font point. Les ennemis de l'Université prétendent qu'il suffit d'avoir passé deux ou trois ans dans ses collèges pour ne plus rien valoir. Les meilleurs n'échappent pas à la contagion. Dans la dernière partie de sa vie, Bakhatchek prend l'habitude de se griser : de là, de grandes querelles avec son vieil ami Trojan, qui se grisait aussi : un soir, ils se jettent l'un sur l'autre, et peu s'en faut que Trojan ne passe par la fenêtre ; le pauvre Bakhatchek, à la suite de cette équipée, est traduit devant le conseil académique qui exige de lui la promesse qu'il ne.se grisera pas, au moins pendant un an ; il implore seulement la permission de boire un verre de vin, dans sa chambre, avec un de ses amis.
Les anecdotes les plus piquantes ne sont pas les plus probantes. Il faut toujours se garder d'abonder dans son sens : les retouches, les atténuations, les explications donnent seules une certaine approximation de la réalité. Il n'y a pas si longtemps que l'ivrognerie est devenue une marque de mauvaise compagnie, et Bakhatchek, pour aimer à boire un verre de vin, n'en était pas moins un professeur consciencieux, un érudit et un pédagogue ingénieux et sage. Parmi ses collègues, plusieurs n'étaient pas indignes de le
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comprendre et de l'aider. Mais enfin, et tout en faisant aussi large que possible la pan des exceptions, il serait difficile de nier la médiocrité des études supérieures et il est évident que la décadence de l'Université doit exercer une influence des plus fâcheuses sur Fétat moral de la natioa entière.
Ce n'est jamais sans un grand désavantage pour un pays que périclitent ces établissements d'instruction nationale dont la mission est de répandre le culte du beau et du vrai. Le sens littéraire proprement dit s'émousse. Les progrès de la langue et la fécondité des écrivains dissimulent dans une certaine mesure l'inanité de leur labeur, mais l'histoire de l'art nous permet de toucher du doigt la sécheresse et la stérilité du siècle.
Quand on pénètre dans la connaissance un peu plus intime des grands seigneurs tchèques du xvi« siècle, de ceux qui dirigent les États, mènent les partis, concentrent dans leurs mains le pouvoir et la richesse et résument à un degré supérieur les qualités et les faiblesses de leur pays et de leur temps, on s'aperçoit qu'on peut les diviser en deux grandes classes, les croyants et les artistes. La Renaissance et la Réforme, voilà les deux pôles du siècle, et en Bohême comme dans le monde entier, tous les hommes instruits oscillent entre ces deux centres d'attraction ; seulement, chez les seigneurs tchèques, ces nobles passions, religieuses ou artistiques, nous apparaissent comme édulcorées : elles n'ont ni autant de furie qu'ailleurs ni autant de sérieux.
De même que les fanatiques parmi eux mêlent à leur foi trop de calcul ou un certain découragement lassé, les artistes ne sont que des curieux. Entrez dans la diète un jour où préside Boudovets, on se dirait dans un parlement anglais, à la veille de la révolution puritaine : même jargon biblique, même mélange de politique et de religion, mêmes accusations contre une monarchie qui menace la foi, la constitution et l'honneur même du pays : la ressemblance est superficielle, les mots n'ont pas le même sens, les âmes, les mêmes besoins. — Dans son château, Guillaume de
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Rosenberg rappelle les princes italiens de la Renaissance, tous les chroniqueurs font la comparaison, elle le flatte, — sans doute parce qu'elle n'est pas exacte. Ces dilettanti sont assez frottés de civilisation pour avoir le prurit .des jouissances esthétiques, ils favorisent les artistes, élèvent des palais somptueux, les œuvres d'art s'entassent dans leurs palais, leurs châteaux sont entourés de magnifiques jardins; de nouvelles espèces déplantes ou d'animaux ornent leurs parcs : les paons, les perdrix, les tulipes que Bousbeck apporte de Constantinople ; les fêtes sont nombreuses et magnifiquement ordonnées. — Mais en somme tout cela, c'est du luxe, et non de l'art, et quelquefois inoins du luxe qu'un puéril étalage. La plupart de ces nobles obéissent à la mode, leur goût n'est ni délicat ni sûr.
Rodolphe, à ce point de vue comme à tant d'autres, résume assez bien le caractère général de ses contemporains. De même qu'il en a les ambitions sans constance et les ardeurs sans énergie, de même qu'il est intolérant sans être croyant, il a la furie des choses de l'art, il n'en a pas l'intelligence. Ses fantaisies intellectuelles le dominent; peinture, sculpture, mosaïque, orfèvrerie, alchimie, astrologie, que sais-je encore, toutes les formes de l'activité intellectuelle le passionnent. Ses émissaires courent le monde pour lui découvrir des pièces curieuses. A sa mort, un jésuite, archéologue distingué, Jean-César Boulenger, — mort à Cahors en 1628, — évalue à 1 7 millions la valeur des perles, pierres précieuses, objets d'or ou d'argent de sa collection : qu'on y ajoute celle des tableaux, statues, etc., les sommes dépensées pour la réunion de tous ces trésors, les pertes, les détournements, le gaspillage ! Le chiffre total de l'argent que consacre l'Empereur à la création de ce musée, dépasse certainement plusieurs dizaines de millions '. Avec une partie de cet argent, les Turcs auraient
I. Presque toutes les collections européennes se sont enrichies de quelques pièces du musée de Rodolphe. Telle était la célébrité dont il jouissait que le désir de s'en emparer décida les Suédois, au moment où la paix de Westphalie était déjà signée, à attaquer par surprise la ville de Prague pour