L ART
pu être chassés de la Hongrie, la révolte de Mathias évitée et toute rhistoire du siècle changée. — Ces prodigalités ne sont que la folie d'un ramasseur de bibelots. Ce n*est pas un musée que fonde Rodolphe, mais un capharnatim. A côté de chefs d'œuvre incomparables, on y admire le bonnet ducal de Przémysl et ses pantoufles, deux clous de l'arche de Noé et la mâchoire d'une sirène de la mer Égéc '. Pas plus d'ordre que de choix; les œuvres les plus diverses sont entassées au hasard. On ne pénètre dans la collection que par faveur spéciale et presque par fraude. Dans ces conditions, quel profit l'art national saurait-il tirer de tous ces modèles?
 aucune époque, il n'a été aussi médiocre, aussi peu original. Ni un peintre ni un sculpteur dont le nom mérite d'être retenu : à peine quelques miniaturistes. Les artistes ne comprennent même plus la valeur des anciennes productions. Sous prétexte de restauration, les admirables peintures de Karlov-Tyn sont mutilées. L'architecture, si brillante à l'époque précédente, marie dans des constructions bizarres et lourdes l'ornementation de la Renaissance et les grandes masses ogivales. L'art national par excellence, la musique, qui est comme l'âme^même du peuple tchèque, oublie ses anciennes traditions et demande ses inspirations à l'étranger.
Le nombre des écoles, les progrès de l'imprimerie et la diffusion des doctrines humanistes ne semblent pas avoir eu plus d'effet sur l'éducation scientifique du peuple que l'appel des artistes étrangers ou la formation des musées sur les progrès du goût. Jamais la conception du monde et de la vie n'a été plus enfantine; la superstition, plus gé-
emporter en Suède les merveilleuses richesses des Hratchany. Le Musée fut pillé à diverses reprises et les derniers restes en disparurent au moment où Joseph II fit transformer l'ancien château royal en une caserne d'artillerie. On vendit aux enchères les débris retrouvés, et cette vente est restée célèbre : la Léda du Titien fut mise à l'encan sous le titre de Femme nue mordue par une oie méchante : la statue de Scopas, mutilée, fut adjugée pour moins d'un franc.
I. Svatek, Die rudolphinische Kunstkammer in Prag, dans les Culturhistorische Bilder aus Bœhmen, p. aSy.