LM SUPERSTITION
nérale. A peine un enfant est-il né, nous dit Zamrsky, que les matrones se réunissent pour chasser le démon par toutes sortes de cérémonies, versent de l'eau, de Thuile, avec force grimaces et psalmodies. — Inutiles exorcismes! Èet enfant qu'on veut arracher au démon, va être toute sa vie tourmenté et dominé par lui. Les moralistes mêmes, qui condamnent ces pratiques, sont-ils dégagés de toute terreur? Zamrsky remplit son devoir de prêtre en flétrissant ces simagrées impies : mais avec quelle complaisance il accueille les histoires les plus fantastiques, et combien sont rares les esprits assez clairvoyants pour s'affranchir réellement des folles imaginations! A peine trois ou quatre écrivains, qui taxent les alchimistes d'imposteurs et nient le pouvoir des sorciers. Toutes les chroniques énumèrent les présages, les prodiges. Devins, chiromanciens, sorciers, magiciens, conjurateurs, nécromanciens, évocateurs, que sais-je encore; à voir les longues listes des industriels qui exploitent la crédulité humaine, on se croirait dans Tancienne Rome '. Dans l'Europe entière, il est vrai, une sorte de folie de superstition trouble les esprits : les grandes découvertes ont ouvert l'àme aux rêves les plus étranges, et l'ébranlement des croyances la livre désemparée à toutes les impostures; il semble pourtant qu'en Bohême le mal soit plus universel. Si l'astronomie est en faveur, c'est à cause du pouvoir occulte qu'on y rattache. L'astrologie tourne toutes les têtes. Chez les croyants, le délire se traduit par le réveil des idées millénaires. Le pressentiment d'une suprême catastrophe hante les imaginations et les tient dans une épouvante continuelle : le monde approche de sa fin. L'auteur de TA B C D de l'épouse chrétienne date son livre de i585, « ces derniers temps du monde ». Mon livre, dit un autre écrivain, serait utile, « si ce monde dure longtemps encore, aux personnes qui pourraient vivre après nous ». La fin du monde, son déclin, ses dernières années, à chaque pas la même idée revient. Le peuple