LA SUPERSTITION 4I I
chante des chansons sur ce thème, et les esprits les plus éclairés n'ont ni plus de confiance ni moins de folle terreur. Véleslavin écrit son Calendrier historique, en 1690, « le dernier siècle ». Boudovets, dans son Anti-Koran, annonce l'approche de la Douzième heure, où s'accomplira le jugement de Dieu contre les Turcs. Les présages sinistres se multiplient; un peu plus tard, apparaissent les prophètes et les prophétesses et ils remplissent de leurs lamentations les cinquante années qui suivent la défaite du Protestantisme tchèque. Grandis au milieu de ces transes, exaltés par le malheur, les émigrés seront souvent leurs dupes, même Coménius '.
A côté de l'astrologie, Falchimie. Ici encore, l'exemple vient d'en haut. Tout contribue à faire de Rodolphe la proie des aventuriers, la curiosité d'esprit qu'il tient de son père, le besoin d'argent, l'improbité de serviteurs qui espèrent détourner son attention des affaires publiques, le vague sentiment d'affranchissement et de prise de possession de la nature par l'homme qu'a évoqué le travail du siècle. Les Hratchany sont pendant près de quarante ans l'Eldorado de tous les prestidigitateurs, magiciens, alchimistes, chiromanciens, inventeurs de filtres merveilleux, faiseurs de pronostics: tous accourent à la curée, sans que les déceptions et les escroqueries dessillent jamais les yeux du pauvre roi. Sa vie durant, avec une foi qui est presque touchante, il poursuit le mouvement perpétuel, la pierre philosophale et Télixir de vie. « Il est impossible de calculer tout l'argent qu'il a consumé dans ses creusets, nous dit Balbin. Le lecteur pourra en avoir quelque idée en songeant à la passion de science de ce prince et à sa munificence, au nombre de ses alchimistes qui était de deux cents et à leurs travaux : car, depuis le commencement de son règne jusqu'aux dernières années de sa vie, l'Empereur n'abandonna pas la chimie et ne renonça pas à l'espoir
I . Sur ces prophéties, v. Zoubek, Les écrits de polémique de Coménius, Tch. tch. M,, i885, p. Sao.