RADICAUX ET MODÉRÉS
sultat immédiat était, pour parler le langage moderne, de donner la haute direction à la fraction radicale. Le Calvinisme représente dans la Réforme la logique, Taudace et, dans une certaine mesure, l'aventure. Plus hardis dans leurs conclusions, plus hostiles à l'Église romaine — parce qu'ils étaient plus sûrs de posséder la vérité et plus intimement pénétrés par elle, — les disciples de Calvin étaient aussi dans la vie réelle moins prompts aux concessions. La tolérance ne leur suffisait pas, leur piété leur ordonnait de poursuivre la domination. Comme les nobles étaient très nombreux dans leurs rangs, les idées belliqueuses n'étaient pas contrebalancées parmi eux par les terreurs naturelles au peuple sur qui retombe toujours le poids de la guerre, et leurs espérances étaient surexcitées par les relations très étroites qu'ils entretenaient avec l'Europe occidentale, encore toute frémissante des derniers combats. Tandis que les Luthériens tchèques continuaient à s'inspirer des conseils de l'Électeur de Saxe, dont les tendances pacifiques étaient notoires, les seigneurs calvinistes raillaient « le vieux singe édenté » et se rapprochaient de l'Électeur palatin, fort entreprenant et même fort agité.
Il se trouvait ainsi que, dans les premières années du XVII' siècle, les partis opposés étaient dominés par les intransigeants qui désiraient également une rupture, ceux-là parce que leur conscience leur interdisait de supporter plus longtemps le scandale de la liberté religieuse, ceux-ci parce que le moment leur semblait venu de sortir de la situation fausse où ils étaient acculés et d'établir sur des bases indestructibles leur domination politique et confessionnelle.
Il y avait cependant entre les deux armées une différence sensible. Dans le camp catholique, les généraux étaient entraînés par leurs troupes plus qu'ils ne les guidaient, et ne les suivaient même que d'assez loin : leurs soldats ne rêvaient que bataille immédiate, sûrs que Dieu ne manquerait pas à sa cause: les rois étaient moins pressés, parce que