LA SITUATION VERS 160O
conseils supérieurs '. La plupart des affaires échappaient ainsi au roi ; il connaissait mal les événements, et on oubliait peu à peu ses droits. Comme il était impossible cependant que Ton n'en référât pas à la cour dans les cas les plus graves, les questions urgentes souffraient de longs retards, et les solutions étaient prises au hasard par des ministres incomplètement renseignés. Souvent, lorsque leurs ordres arrivaient, les circonstances avaient changé. Les représentants de l'autorité centrale n'étant ni surveillés ni contenus, ils abusaient de leurs pouvoirs, les uns dans un but d'avidité personnelle, les autres par excès de zèle. Ils empiétaient sur les privilèges des diètes, étendaient au préjudice des libertés provinciales la compétence de la Chancellerie aulique ou des tribunaux royaux. Par une contradiction fréquente en histoire, le pays ne se sentait pas gouverné et il était opprimé. Le mécontentement était général, plus vif dans certaines régions, la Moravie par exemple, habituée depuis longtemps à une très large autonomie et abandonnée à des ambitieux sans pudeur ^.
Henri IV avait à Prague un ambassadeur très actif, fort au courant des affaires de la Bohême, où il séjournait déjà depuis longtemps, et qui, comme presque tous les diplomates français de cette époque, mettait tout son cœur au triomphe de son maître ^. Il voulait ruiner la maison de Habsbourg
1. Fellner, Mittheilungen des Instituts fur Œst, Geschichtsforschung^ 1887, p. 296.
2. Chloumetsky a écrit quelques chapitres excellents sur Tctat de la Moravie à ce moment. Je ne saurais ici entrer dans le détail des faits, comme en général, dans ces derniers chapitres, je ne reviendrai pas longuement sur des événements trop connus. Le règne de Rodolphe et le début de la guerre de Trente-Ans ont été souvent racontés, : je voudrais seulement essayer de rectifier sur quelques points les opinions reçues et montrer comment éclata la catastrophe que les événements antérieurs avaient rendue inévitable.
3. C'est avec un vif regret que je suis obligé, pour ne pas m'écarter de mon sujet, de passer si rapidement sur l'action de la France dans les troubles autrichiens. II y aurait là matière à un grand travail. Ancel mériterait un livre semblable à la belle biographie d'Anquez sur Bongars, et on en trouverait sans peine les éléments, entre autres dans la collection Harlay de la Bibliothèque nationale. Nous sommes à l'aurore de la grande époque de la diplomatie française et les collaborateurs de Henri IV ne sont inférieurs ni en talent ni en patriotisme aux collaborateurs de Richelieu.