LES TCHÈQUES FIDÈLES A RODOLPHE
par Tilly, se replia devant les forces supérieures des rebelles, les seigneurs remplacèrent par Charles de Liechtenstein le gouverneur légal, et la diète d'Évantchitse, après s'être engagée à défendre contre tous les franchises de la province, s'unit avec les États autrichiens et hongrois et Mathias pour <c toute chose juste et convenable » (19 avril 1608). Rodolphe ne régnait plus que sur la Silésie et sur la Bohême, mais les mécontents y étaient nombreux et les accointances des principaux seigneurs tchèques avec Anhalt et lUeshazy étaient connues de tous. L'Empereur entama des négociations, offrit à son frère de lui céder la Hongrie et l'Autriche; celui-ci répondit en convoquant les États tchèques à Tchaslav (mai). Il comptait sur la venue de quelques-uns des principaux chefs hérétiques, et l'issue de cette diète, réunie malgré l'interdiction du souverain légitime, et qui se tiendrait sous la pression de l'armée austro-hongroise, n'était guère douteuse. Ziérotyn, dont l'autorité était grande en Bohême, pressait très vivement ses amis : « Dieu vous donne le courage, leur écrivait-il, et réveille l'ancien esprit bohème étouffé par l'orgueil et la luxure ! Rappelezvous vos souffrances, suivez l'exemple de vos ancêtres, pour qu'on ne dise pas de vous ce que Tibère dit des Romains : ces gens-là sont nés pour l'esclavage '. »
Au grand désappointement de Mathias, la plupart des amis qu'il attendait ne vinrent pas ; quelques seigneurs seulement arrivèrent, lentement, en rechignant, si rares que leurs votes n'auraient eu aucune signification. Au contraire, la diète convoquée à Prague par Rodolphe était fort nombreuse, et, en dépit des intrigues de Mathias et des appels désespérés de Ziérotyn, elle refusa de se séparer de Rodolphe.
La surprise fut universelle et elle dure encore. Les Tchèques, on se le rappelle, n'avaient aucune raison spéciale de tendresse pour Rodolphe et depuis plusieurs années les ambassadeurs étrangers signalaient l'irritation croissante des