‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 198 sur 239 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Léopold et les mercenaires de Passau. — Chute de Rodolphe. -7 Le règne de Matbias; la royauté et les Seigneurs; les quatre vœux des Etats. — La réaction catholique continue. — Élection de Ferdinand IL — Inquiétude et irritation du parti protestant; ses intentions et ses chefs. — La diète de 161 8. Le coup d*État ; la défenestration.

Les derniers événements avaient porté le coup suprême à la raison de Rodolphe. Ce pauvre roi que tourmentaient depuis des années des terreurs obscures et qui se barricadait dans son palais, fuyant les cérémonies publiques, refusant les audiences, avait vu à diverses reprises sa chambre envahie par des bandes armées ; lui, que les moindres déboires plongeaient dans une consternation stupide ou précipitaient dans des accès de fureur, il n'était plus maître du seul royaume qui eût échappé à l'ambition de son frère. Plusieurs fois, dans cette crise, il avait été repris par sa maladie et, de chaque nouvel accès, son intelligence sortait moins lucide et sa volonté plus chancelante. Les renseignements incomplets que nous possédons sur cette période ne nous permettent pas de dire avec certitude à quels moments, depuis le jour où avait éclaté la révolte jusqu'à sa mort, il reprit la direction consciente de ses actes et quelle responsabilité revient à sa raison ou quelle excuse mérite sa folie. Pendant ses heures de démence, il courait à travers le château ; la nuit, tout nu, une épée à la main, on l'entendait pousser des rugissements, entrer en rage parce que son ventre était passé derrière lui et avait été remplacé par son dos; puis, il cherchait une distraction dans l'ivresse : l'abus des boissons acheva vite d'user

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cet organisme détraqué et le livra désemparé à tous les caprices d'une imagination fantasque.

Dans ces ténèbres, un souvenir surnageait et une haine : il ne renonçait pas au pouvoir qu'on lui avait arraché et gardait au cœur une rancune inexpiable contre les auteurs de sa ruine. Avant tout, Mathias; mais il n'en voulait guère moins aux Protestants tchèques, un peu par dévotion, surtout parce qu'en restreignant son autorité, ils lui avaient enlevé les moyens de prendre sa revanche et d'arracher à son frère ses royaumes perdus. Comme la réflexion chez lui était à peu près entièrement annihilée, il était à la merci de ses instincts passionnés; il désirait plus le malheur de ses ennemis que le succès de sa propre cause, et il eût sacrifié sans hésiter les intérêts généraux de la religion au plaisir d'écraser ses ennemis. Dans ces dispositions, il était une proie indiquée pour les pires aventuriers.

Parmi les hommes qui, jusqu'au dernier jour, l'avaient supplié de ne pas signer la Lettre de Majesté, le plus obstiné et le plus violent était l'archiduc Léopold. Fort jeune encore, Léopold apportait à la défense de l'Église romaine un zèle fort intempérant et une fougue brouillonne. Nommé évêque de Passau et de Strasbourg avant d'avoir reçu l'ordination, il n'avait aucune vocation ecclésiastique et son ambition remuante ne s'effrayait pas de scandales qui le condamneraient à rester dans le monde. Il avait été élevé comime son frère, Ferdinand de Styrie, dans les idées d'une étroite piété; mais, tandis que le fanatisme de son aîné était, dans une certaine mesure, contenu par la prudence que lui imposait sa situation, le cadet, éloigné du trône par sa naissance, fomentait les discordes et troublait les événements, par calcul non moins que par conviction et par tempérament. Il se croyait les aptitudes d'un chef d'état parce qu'il était mécontent de sa position subordonnée, et il se jugeait à la hauteur des plus vastes entreprises parce qu'il n'en apercevait pas les périls. Seuls, un prince en délire et des ministres, qui ne manquaient ni de sens ni d'expérience,

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