LES MERCENAIRES DE PASSAU
mais qu'aveuglaient leurs haines, pouvaient prêter l'oreille à cet agité et devenir ses complices.
Son plan était des plus simples. L'Allemagne était tout entière pleine de rumeurs belliqueuses, partout Catholiques et Protestants étaient en armes, près de fondre les uns sur les autres à propos de la succession de Clèves et de Juliers, et, sans l'assassinat de Henri IV, la guerre de Trente-Ans aurait peut-être commencé dès lors. Léopold comptait, grâce à l'émotion et au tumulte universels, réunir sans bruit une armée, pénétrer à Timproviste en Bohême, révoquer la Lettre de Majesté et rétablir l'autorité royale; fort de ses premiers succès, il chasserait Mathias et, en récompense de ses services, Rodolphe le désignerait pour successeur.
Les plans les plus extraordinaires réussissent quelquefois, et peu s'en fallut que l'outrecuidance de Léopold jie fût justifiée par le succès. En dépit des renseignements qu'ils recevaient de divers côtés et des avis de Vouk de Rosenberg qui, de sa forteresse de Trzébon, leur signalait la formation d'une armée à Passau et en prédisait la véritable destination, les États tchèques s'endormirent dans une trompeuse sécurité. Quand Léopold, à la tête de douze mille mercenaires, franchit la frontière (janvier 161 1), aucune mesure de défense n'avait été prise; la levée en masse fut ordonnée trop tard, les milices se réunissaient avec une extrême lenteur, les quelques centaines de recrues que Ton avait sous la main, sans discipline, sans officiers, sans habitude de la guerre, presque sans armes, n'auraient pas tenu une heure devant une armée éprouvée. Les chefs se défiaient de leurs troupes: il y avait dans leurs rangs beaucoup de mécontents qui se disperseraient au premier coup de feu ou peut-être passeraient à l'ennemi. Quelques actes isolés d'héroïsme ne rendirent pas le sentiment de ses devoirs à un peuple dont le courage et le patriotisme s'étaient énervés depuis trop longtemps. Boudiéjovitse, Tabor ouvrirent leurs portes à la première sommation. Peu à peu, le nombre des partisans de l'Archi-