TENTATIVE DE RÉACTION
discerner le but où il tendait en louvoyant. Deux mesures surtout furent significatives : par la première, il ordonna que les membres du Tribunal Suprême recevraient le titre de conseillers royaux; simple changement de nom contre lequel il était difficile de s'insurger; sans doute même, plus d'un des juges fut secrètement flatté dans son orgueil, et sa complaisance pour le monarque s'en accrut. — Si Ton va au fond des choses cependant, on distingue dans ce décret inoffensif le dessein poursuivi jadis par Ferdinand P^ et négligé par ses successeurs, de transformer en agents du souverain les officiers du pays, gardiens de la Constitution et mandataires des États. Ferdinand II et ses successeurs n'auront qu'à continuer dans la voie que Khlesl leur marquait ainsi, pour transformer en province d'une monarchie absolue le royaume dont l'autonomie était malgré tout jusqu'à cette époque si nettement définie.
La seconde mesure fut plus hardie. En 1612, Mathias quitta Prague et s'établit à Vienne. Les Bohèmes furent très irrités du tranfert à Vienne des archives et des administrations; il ne s'agissait donc pas d'un simple déplacement princier, mais d'un changement de capitale. Comme le Grand Chancelier devait toujours suivre le roi, il s'installa à Vienne, et la Bohême, qui depuis plus d'un quart de siècle avait été la résidence du gouvernement central, ne fut plus qu'un royaume vassal dont les destinées relevèrent de ministres étrangers et malveillants. Une fois qu'il se fut ainsi soustrait à la surveillance immédiate des seigneurs tchèques, le Granvelle autrichien poussa de l'avant : toutes les défaillances et toutes les distractions des Tchèques lui étaient bonnes; il essayait de rendre au roi le droit de nommer de sa pleine autorité les membres du Conseil suprême, limitait la compétence de la Haute-Cour et introduisait timidement le principe de l'appel au roi; le pacte d'alliance des Bohèmes et des Moraves n'était pas officiellement confirmé malgré les engagements formels de Mathias, et lorsque, sur les instances des Moraves, la Cour le sanctionnait enfin, on s'apercevait que plusieurs des