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LES ÉTATS DE

pour relever son crédit, et les ministres, stimulés par leurs intérêts particuliers, l'y poussent. » Khlesl et Liechtenstein, à ce moment fort dans les bonnes grâces de Mathîas, avaient eu ridée en effet de reprendre la grande conception de Rodolphe; ils comptaient enlever la Transylvanie aux Turcs grâce aux subsides de l'Espagne, du Pape et des Électeurs; la gloire d'étendre les frontières de l'Empire les séduisait, mais surtout l'occasion de former une armée qui, moins redoutable encore aux ennemis du dehors qu'à ceux du dedans, calmerait tous les mécontents. Il est toujours aisé d'inventer de vastes projets, et l'imagination ne constitue pas les hommes d'État, mais bien la réflexion; les alliés sur lesquels comptaient les ministres de Mathias rechignèrent : le plan était mal venu, et l'auteur n'était pas en odeur de sainteté.

Khlesl se buta, et, repoussé au dehors, il pensa à obtenir des États les fonds qui lui étaient nécessaires; il était piquant qu'ils payassent les soldats levés contre eux. Les prétextes sous lesquels on avait ajourné jusqu'alors la réunion de la diète tchèque, s'usaient d'ailleurs à la longue, et l'échéance, trop retardée, devenait menaçante. On convoqua donc une assemblée bohème pour le mois de janvier 1614; mais, comme la peste sévissait à Prague, elle dut se réunir à Boudiéjovitse. La population y était catholique et les seigneurs, isolés, seraient moins insolents. Ils délibérèrent sur la conduite à tenir : Boudiéjovitse leur semblait une sorte de souricière; quand on les y tiendrait, on les réduirait à merci et on les forcerait à reconnaître comme héritier de la Couronne l'Archiduc Léopold, le héros de l'équipée de 161 1. Ils se risquèrent pourtant : ils n'oseront pas, pensaient-ils du roi et de son ministre; mais leurs terreurs les avaient aigris, et la maladresse de Mathias les poussa à bout. Il avait amené avec lui le général Buquoy que la rumeur publique désignait comme le chef de la croisade contre les hérétiques : les Jésuites de Boudiéjovitse donnèrent en l'honneur du général des fêtes, des représentations dramatiques, où on exposait avec une clarté louable, mais im-

LES SEIGNEURS ET LA ROYAUTÉ 4gS

prudente, ce qu'on attendait de lui. Aussi, lorsque le roi pria les Tchèques de voter des subsides pour laguerre contre les Turcs, ils refusèrent net : on n'aurait pas un denier tant que leurs vœux n'auraient pas reçu satisfaction. Ils se départirent un peu cependant de leur rigueur, accordèrent quelque argent, sur la promesse de Mathias qu'il convoquerait pour le commencement de l'année suivante une diète générale où seraient représentées les diverses parties de la monarchie et où serait enfin tranchée la question des quatre vœux. — Dans quel sens? Aucun doute n'était possible, à voir les dispositions des États. Ils constituaient un comité de défense qui siégerait à Prague et, en cas de besoin, lèverait une armée. L'avertissement était formel. Deux des principaux chefs de l'oligarchie, Colonna de Fcls et Mathias de Thurn, remirent à l'Empereur une sorte de mémorandum qui était presque une déclaration de guerre et dont les protestations de loyalisme dissimulaient mal l'arrogance : il avait bien tort, lui disaient-ils, de se donner tant de peine pour la Transylvanie, elle était beaucoup trop éloignée pour être longtemps conservée, et tout était compromis dès qu'on s'éloignait « de la chère mère » le Danube ; mieux valait rester en repos que de réunir des troupes, l'expédition des mercenaires de Passau n'était pas oubliée, et toute algarade coûterait facilement a Mathias sa triple couronne.

Même après tant d'échecs, l'erreur serait grande de supposer que la royauté n'eût d'autre ressource que de contresigner sans débat les clauses d'un traité onéreux. Un pouvoir n'est vaincu sans espoir de revanche que lorsqu'un autre s'est substitué à lui et qu'une constitution nouvelle offre aux habitants des garanties suffisantes de sécurité et de prospérité; or, les nobles, un peu parce qu'ils n'étaient pas sûrs du lendemain et que le combat dans lequel ils étaient engagés absorbait leur attention, beaucoup parce qu'ils songeaient plus à leurs intérêts particuliers qu'au bien public et avaient moins l'intelligence que la passion du gouvernement, n'avaient pas organisé leur victoire; ils avaient annihilé la royauté, mais ne l'avaient pas

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