LES SEIGNEURS ET LA ROYAUTÉ
remplacée, et la république oligarchique, qu'ils espéraient avoir fondée, n'était que le triomphe de l'anarchie. De là, l'instabilité de leurs succès. Avec quelle facilité Ferdinand P% arrivant au trône dans des conditions qui n'étaient pas sans analogie avec le moment actuel, avait mis la monarchie hors de pages et avait établi son autorité sur des bases si solides que, malgré la médiocrité des princes, elle s'était défendue depuis lors comme d'elle-même!
Une restauration semblable n'était pas impossible : seulement elle exigeait des qualités égales, sinon supérieures, à celles qui avaient illustré Ferdinand; essayée par des mains malhabiles, elle était condamnée à un échec humiliant, et, en poussant à bout les seigneurs, elle devait hâter la catastrophe. Khlesl et ses auxiliaires, dont l'imagination était vive et les talents médiocres, ne surent que provoquer leurs adversaires, tandis que leur mollesse et leur impéritie affaiblissaient et discréditaient le pouvoir. Rien ne fut entrepris pour ramener l'ordre et relever la prospérité gravement atteinte par d'aussi longues perturbations. Pour détacher des nobles les bourgeois très justement irrités de leur attitude dans les dernières diètes, un peu d'esprit de justice et quelques concessions en matière religieuse auraient suffi; mais Khlesl était inflexible sur ce point, et l'idée de la tolérance était à ses yeux un insupportable scandale. Il eût été assez aisé d'obtenir l'appui des paysans contre leurs maîtres ; Hannewald, un des confidents de Rodolphe, avait déjà proposé à la royauté de reprendre son rôle naturel de protectrice des opprimés et des pauvres; Liechtenstein recommandait très vivement cette alliance avec le petit peuple; les seigneurs n'étaient pas très rassurés, un appel à l'insurrection eût été vite entendu parmi les serfs : malheureusement le plan dépassait de beaucoup la médiocrité de Mathias. Les deux partis en présence, oligarchique et royaliste, rivalisèrent jusqu'au bout d'inintelligence pour les intérêts supérieurs de la patrie, d'étroitesse d'esprit et de cœur.
Les suites de la sotte outrecuidance et des maladresses