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volontiers abandonné les Hongrois à leur destinée, mais les frontières du royaume étaient déjà menacées par l'invasion musulmane. Le roi ne les convoquait pas une seule fois sans leur demander des secours : ils se lamentaient, protestaient contre les charges qui devenaient en effet écrasantes, et, de guerre lasse, cédaient. Les recrues que fournissait la Bohême étaient médiocres, quelques bons cavaliers, d'excellents soldats du génie, mais des fantassins peu disciplinés » ; ce n'était pas le courage qui manquait aux Tchèques, mais l'habitude de la guerre et unç bonne organisation militaire; ils formaient de redoutables bandes de partisans, mais leurs bataillons improvisés ne résistaient pas au choc des Turcs. Les levées se faisaient mal ; aucune règle uniforme : les uns donnaient des hommes, les autres se rachetaient; les États se réservaient une certaine autorité sur l'armée, exigeaient que le roi ne nommât les chefs que sur leur avis '. Ce n'était pas avec ces milices féodales qu'on arrêterait les Ottomans. Aussi Ferdinand préférait-il beaucoup obtenir de l'argent pour entretenir des mercenaires.
Double avantage: l'armée qu'il formait ainsi était bien à lui, n'obéissait qu'à ses ordres; pourvu que la solde fût payée, elle marchait où on l'envoyait et combattait ceux qu'on lui désignait. Ce n'était pas des troupes hongroises ou tchèques, mais une armée autrichienne : contre les rébellions possibles, ces soudards sans religion et sans patrie étaient l'instrument passif de la volonté du souverain. On a dit très justement que l'Autriche était une diplomatie plutôt qu'un État; elle était dès lors aussi, elle est encore surtout une armée.
Et, en même temps, l'entretien de cette armée entraînait la création de finances régulières. Avant Ferdinand, les dépenses publiques étaient en général couvertes par les revenus des domaines de la Couronne ou les redevances