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55o DÉSARROI MORAL
n'obtenait justice K » Un cri d'angoisse s'élève de tous les coins du pays, toujours plus poignant, et en même temps une clameur de malédiction contre les nobles. « Quand les seigneurs se disputent et se battent, tendez le cou, pauvres sujets ». — Certes le moment était mal choisi pour les récriminations, et les villes auraient dû se rappeler, comme les Silésiens, que, « quand la maison du voisin brûle, c'est de sa propre maison qu'il s'agit. » Mais les véritables coupables de cet état d'esprit, où les chercher sinon parmi les nobles qui avaient avili et corrompu les Communes et qui, au moment même où ils exigeaient d'elles de lourds sacrifices, ne savaient ni les protéger ni les gouverner ni les convaincre!
Jusqu'à Prague qui était gagnée par la contagion. La nobte et fière cité qui avait si souvent protégé de ses murailles comme d'un bouclier sacré la liberté religieuse et rindépendance nationale, qu'était-elle devenue? Les épisodes navrants s'y succèdent. Jadis le péril exaltait les courages, et l'émeute héroïque y tournait ses fureurs contre l'ennemi. — Maintenant les terreurs paniques, les lâchetés en quête d'un abri, les convulsions d'une foule énervée et affolée qui accueille les bruits les plus invraisemblables, et, dominant tous les esprits, une seule idée précise, misérable : donner le moins possible de ses biens et de son sang. — L'armée protestante recule en désordre devant les forces supérieures des Bavarois; elle manque de vivres. Du pain ! Du.pain! Frédéric en réclame de tous les côtés; la disette est si grande au camp que le roi même n'a rien pour manger. Il implore les Praguois. Ceux-ci s'excusent : leurs provisions s'épuisent; depuis quelque temps le prix des vivres augmente; ils pourraient bientôt souffrir de la disette. — D'avance, leur parti est pris, la défaite ne les surprendra pas; à quoi bon lutter? — « C'est un secret et juste jugement de Dieu qui leur a suscité tant et de si puissants ennemis ! » — Leur terreur s'accroît de l'arrivée de milliers de paysans,