LES SERFS
par les habitants des campagnes à Frédéric V, lors de son entrée à Prague; Tauteur n'est pas suspect de Catholicisme, et cela même rend plus émouvant l'esprit de tristesse, d'inquiétude et de sourde rancune qui circule dans la pétition : <( Quel que soit celui qui a commencé cette affaire, disent les paysans, il ne trouvera pas grâce devant Dieu. Ce malheur, il faut que nous le supponîons, que nous le souffrions toute notre vie, et non pas nous seuls, mais nos enfants, nos femmes et ceux qui ne sont pas encore nés. O Boudovets, par toi nous sommes dans cette infortune ; nous nous plaignons justement de toi ; tu t'es détourné de nous pour obtenir de la gloire par nos souffrances, tu as élevé trop haut tes pensées, Tambition t'a aveuglé ' ». — Les serfs ont la conscience très claire qu'ils n'ont rien à gagner à l'insurrection. Pourquoi se battraient-ils? — Pour la liberté? — Elle n'est que le privilège des maîtres. Pour la patrie? — En ont-ils une? Et d'ailleurs l'invasion allemande se dissimule, n'apparaît que comme la légitime reprise de possession du royaume par un souverain qu'a dépouillé une révolte déloyale. Pour la foi? — Le fanatisme s'est usé, et la foule des paysans ne croit pas au danger; la persécution n'a été ni assez profonde ni assez générale pour les tirer de leur torpeur.
Que tentent les nobles pour les rallier? — Rien. Dans les derniers mois, un étranger, Tschernembl, qui avait entraîné dans la guerre la Haute-Autriche et qui était peutêtre la meilleure tête politique de l'insurrection, appelé dans le conseil suprême, auquel les Tchèques s'étaient décidés — beaucoup trop tard — à confier la direction des affaires militaires, proposa un certain nombre de mesures révolutionnaires, entre autres l'affranchissement des serfs. Quel eût été l'effet de cette réparation in-extremis? — Peut-être nul. Il était bien tard désormais. Pas plus que l'héroïsme, la confiance ne s'improvise. Dans tous les cas, les nobles
I. Le rôle de Boudovets avait été -en somme assez effacé en 1618, mais les nçms n^arrivent que tard à la connaissance de la masse; dans Timagination des paysans, il représente la noblesse entière.