LES SERFS
se chargèrent de justifier l'attitude de leurs hommes, en repoussant la proposition de Tschernembl.
Aussi, dans la lutte contre Ferdinand II, les bandes rurales qui avaient fait la force des Taborites et leurs victoires, sont absentes. Par moments, quand les souffrances sont trop cruelles et que les armées dépassent la mesure de leurs forfaits ordinaires, la foule, sous un coup de folie, voit rouge, se soulève, au hasard, sans but, sans chef, enveloppant dans ses représailles les Protestants et les Catholiques. Ces émeutes fortuites, loin d'apporter quelque appui à la révolution, sont souvent une diversion précieuse pour l'Empereur. Dans l'été de 1619, les habitants du cercle deZatets, horriblement foulés par les mercenaires de Mansfeld, courent aux armes contre leurs bourreaux : beaucoup de soldats sont massacrés et les paysans n'épargnent même pas leurs enfants et leurs femmes. Le mouvement se propage et menace bientôt de se tourner contre les nobles; pour les apaiser, il faut que ceux-ci leur promettent une amnistie complète et s'engagent à protéger leurs serfs contre la vengeance des généraux.
Des scènes analogues se produisent, au milieu de septembre, dans la région de Tabor, encore à la suite des pilleries de Mansfeld ; depuis lors, les incidents de même nature se multiplient et s'aggravent. Le pays était absolument épuisé, les armées rivalisaient de rapines et de cruautés ; de cet enfer de misères, un cri de révolte éclate : quatre mille paysans se lèvent dans les districts de Tabor et de Béchyn, arborent le drapeau blanc et commencent la guerre sociale. Ils avaient pour chefs quelques gentilshommes campagnards, ruinés comme eux. Bientôt ils ont une organisation militaire, quelques canons. L'aflFaire parut assez grave pour mériter l'attention de Ferdinand. A plusieurs reprises déjà, les ministres des Habsbourgs leur avaient signalé l'avantage que tirerait la royauté d'une alliance étroite avec le peuple. Dès le début de l'insurrection, un conseiller du roi disait que le moyen le plus sûr d'étouffer dans son germe la révolution était « d'affranchir les serfs et