‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 33 sur 239 · LA REFORME LITHÉRIENNE EN BOHÊME · texte numérisé non relu

LA REFORME LITHÉRIENNE EN BOHÊME

organisation, Tétroitesse d'esprit de ses chefs, leur obstination sotte qui se prenait pour de la fermeté, leurs hésitations qu'ils nommaient sagesse et politique, on ne s'étonne pas du peu de résistance qu'il opposa aux progrès du Protestantisme. Dès que cette ombre d'Église fut en présence d'une véritable Réforme, assez audacieuse pour avouer le but qu'elle poursuivait, assez profonde et assez large pour servir de point de départ à une véritable renaissance morale et intellectuelle, elle s'évanouit. Une faut pas nous laisser tromper par les mots : l'Utraquisme subsiste jusqu'à la bataille de la Montagne Blanche, mais le nom seul demeure et recouvre des croyances et des besoins nouveaux; les Calixtins ont cessé d'être les disciples de Hus pour devenir ceux de Luther; le Consistoire, qui représente les anciennes traditions, perd rapidement le peu d'autorité qu'il avait conservée, et ses décrets ne sont plus qu'une stérile protestation contre une révolution déjà terminée. En somme, ce qui surprend, ce n'est pas que l'Utraquisme officiel ait été emporté, c'est qu'il ait opposé quelque résistance et enrayé un moment le mouvement qui entraînait les dissidents vers Vittenberg ; mais cela s'explique moins par sa force intrinsèque que par l'appui imprévu que lui prêtèrent les Catholiques.

Au début, rien ne parut devoir arrêter les progrès de la doctrine luthérienne; la Réforme, dans ses premières années, s'élance à la conquête du monde avec une incomparable ardeur de jeunesse; devant cet entrain, cette confiance, l'Église catholique fléchit sur tous les points. Là où s'écroulent de solides institutions, comment résistera cette construction mal équilibrée que les Calixtins n'ont jamais réussi à mettre complètement sur ses pieds? A côté des psalmodies mélancoliques de leurs piètres curés, avec quel éclat d'airain résonne la trompette de Saxe?

Avant même que l'on connût les idées de Luther, la lutte qu'il engageait contre l'autorité romaine avait eu son contre-coup en Bohême : une agitation extrême, — obscure dans son but, — s'était emparée des esprits. Les

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