FERDINAND D AUTRICHE
dissipées; les deux frères, Charles et Ferdinand, avaient quelque peine à se mettre d'accord sur le partage de leur héritage, et Ferdinand, qui avait été le favori de son grandpère maternel, Ferdinand d'Aragon, et qui avait été un moment soupçonné d'avoir des prétentions sur l'Espagne ou même sur la couronnne impériale, ne pouvait pas s'intéresser beaucoup aux ambitions autrichiennes, tant qu'il ignorait si l'Autriche même lui reviendrait. Les troubles qui éclatèrent dans la Basse- Autriche prouvèrent bientôt à Charles-Quint qu'il risquait de compromettre la fortune de sa Maison, s'il s'obstinait à conserver sous son autorité immédiate tous les domaines qu'avaient réunis ses ancêtres; il avait trop d'affaires sur les bras aussi pour suivre d'assez près les questions orientales: par le traité de Worms (ï 52 1), confirmé et complété par le traité de Bruxelles (i522), il laissa à Ferdinand la Haute et Basse-Autriche, la Styrie, la Carinthie, la Carniole, l'Istrie, le Tyrol, le Vorarlberg et les domaines de Souabe et d'Alsace, — en somme, toutes les possessions allemandes de Maximilien. Les Habsbourgs d'Espagne et les Habsbourgs d'Autriche, bien que longtemps étroitement unis, n'en formèrent pas moins dès lors deux branches distinctes, et, tandis que les premiers défendaient les intérêts de leur puissance dans l'Ouest et le Sud, les seconds tournèrent plus spécialement leur attention vers l'Europe centrale et orientale.
Pendant les années suivantes, Ferdinand continua cependant à s'occuper moins de la Bohême et de la Hongrie que de l'Allemagne qu'il gouvernait au nom de son frère, et de l'Italie que François V^ disputait à Charles-Quint. Il avait réussi sans trop de difficultés à rétablir son autorité dans ses provinces immédiates et cruellement réprimé les tentatives d'usurpation des États, mais ses succès ne satisfaisaient pas son imagination aventureuse. Plus tard, l'expérience modéra son ardeur et lui inspira un sens plus juste des réalités politiques, mais il était bien le petitfils de Maximilien et le frère de Charles-Quint; sa fantaisie se plaisait aux vastes plans et aux desseins chimériques. Il
LES CANDIDATS AU TRONE DE BOHÊME l5
essaya de décider son frère à lui abandonner la couronne impériale; surtout il suivait avec passion les événements d'Italie et sollicitait Tinvestiture du Milanais '. Même Tinvasion de Soliman en Hongrie et la prise de Petrovaradin, ne le décidèrent pas tout de suite à renoncer à ses projets : il partit non pour Vienne, mais pour Innsbruck, et lorsque, dans les premiers jours de septembre, il reçut la nouvelle du désastre de Mohacz et les lettres désespérées de sa sœur Marie qui demandait des secours, ce ne fut pas sur la frontière de Hongrie qu'il dirigea Freundsberg à la tête de forces importantes, mais sur la Lombardie '. Cependantj lorsque de nouvelles lettres lui eurent appris la mort de Louis, il songea aussitôt à faire valoir ses droits sur sa succession et panit pour Linz, où il était plus à ponée de suivre les événements. La plus grande panie de la Hongrie était déjà entre les mains des Turcs ; le moindre retard pouvait lui coûter ce qui restait encore du royaume des Jagellons.
Ferdinand avait envoyé à Prague un agent retors et très au courant des affaires bohèmes, Jean Mrakech de Noskov. Une lui avait donné que des instructions générales, se réservant de modifier son plan de campagne suivant la tournure que prendraient les événements; il était assez mal informé de rétat de la question, comptait appuyer ses droits sur le traité de 1364 et n'avait dans tous les cas aucun doute sur la valeur de ses titres. Il ne comptait pas solliciter une élection, mais faire reconnaître son autorité. Ses chargés d'affaires s'aperçurent bientôt que son acceptation par les États n'irait pas sans de sérieuses diflScultés et que, pour ne pas tout compromettre, ils seraient obligés sans doute à bien des concessions.
Bien que les règnes de Vladislas et de Louis fussent de nature à décourager les plus robustes ambitions et que la tâche de gouverner un peuple qui depuis longtemps avait