LA RÉFORME. — LA PROPAGANDE
la Réforme, mais elle n'est pas une conséquence directe du Protestantisme. Le sujet doit suivre le maître : cujus regio, ejus et religio; le principe est appliqué avec la même rigueur et la même tranquillité d'âme par les Luthériens et les Catholiques. Trois familles seigneuriales enlèvent au Catholicisme tout le nord du royaume.
Que cela ne se passât pas toujours sans quelques tiraillements, il est permis de le supposer. Les paysans, condamnés ainsi à abandonner leur foi traditionnelle, ne se résignent pas toujours de bonne grâce, refusent de paraître à l'église et vont dans les paroisses voisines assister aux cérémonies auxquelles ils sont habitués; quelquefois même ils se réunissent dans les champs et dans les forêts pour prier Dieu à leur guise K On en a conclu que le triomphe de la Réforme fut moins réel qu'apparent, qu'il se conserva d'importantes minoritéscatholiques qui accueillirent comme une délivrance la réaction du xvii* siècle. — Dans des termes aussi généraux, l'exagération est évidente. Si la conduite des seigneurs éclaire d'une lumière brutale les conséquences du servage et prouve quelle pauvre idée on avait alors de la liberté et de la dignité humaines, il faut se garder de pousser au noir le tableau. Les documents ne parlent ni de supplices ni d'expulsions en masse ou de procès, et c'est outrager la vérité que de comparer l'établissement du Protestantisme à la victoire des Catholiques après 1620. La conscience moderne est devenue exigeante, et elle est justement choquée par un régime qui accordait à une poignée de nobles le droit d'imposer son credo à la masse du peuple, mais il y a des degrés dans la tyrannie, et au xvi« siècle, il ne saurait être question de tyrannie, — tout au plus de pression morale. L'exemple des villes indique clairement la tendance dominante des esprits; les paysans, comme les bourgeois, virent en général dans l'introduction du nouveau culte une espérance de progrès matériel et moral; ils acceptèrent, sans grand enthousiasme, mais sans répugnance, le change-
i.Frind, p. 11 5. Ailleurs, le seigneur s'adressait aux convoitises, partageait entre ses hommes les domaines ecclésiastiques. Wolkan, p. 4.