POLITIQUE RELIGIEUSE DE FERDINAND
sont si bien ménagés qu'il est souvent impossible de dire à quel moment une paroisse cesse d'être utraquiste et devient évangélique. De village à village, le culte et la foi variaient. Les prêtres, venus d'un peu partout, se rattachaient aux groupes les plus divers. Après les disciples de Luther, vinrent ceux de Zwingle, puis de Calvin, sans compter les représentants de toutes les sectes qui pullulaient '. Un ambassadeur vénitien, vers le milieu du xvi« siècle, compte qu'il y a en Allemagne soixante-dix sectes protestantes ; de tout cela, dit-il, résulte une telle confusion que, la majorité des habitants ayant traversé cinq ou six croyances, beaucoup, ne sachant où s'établir ni que croire, ont fini par ne plus rien croire du tout. Ce libertinage religieux a détruit chez eux le respect des lois et des princes ^. — Le chaos était plus inextricable encore en Bohême.
Pour sortir de cette situation intolérable, les progressites, à peine débarrassés de Cahéra, essayèrent de remettre la main sur le Consistoire. Les anciens Utraquistes, pour se défendre, se rapprochèrent des Catholiques, mais tous leurs efforts auraient été vains s'il n'eussent trouvé dans le roi un protecteur inattendu.
Ferdinand était un fervent catholique. Giacomo Soranzo nous dit qu'il entendait deux messes par jour, se confessait et communiait dix fois par an, suivait une procession tous les vendredis ^. Il avait rapporté d'Espagne une foi quelque peu belliqueuse; mais l'expérience, sans altérer ses convictions, modéra son zèle. Il n'avait rien d'un fanatique. D'ailleurs, il n'y a pas de princes fanatiques à cette époque. On est trop tenté de transporter dans le passé les idées du présent, de supposer par exemple que, dès les premiers jours, la Réforme a soulevé des colères furibondes et des haines irréconciliables. Il n'en est rien; pas plus que les Protes-
1. Chaque seigneur, dit Rëzek, faisait ce qu'il voulait sur ses domaines, en particulier réglait à sa guise le service religieux, et les prêtres de môme. Hist. du mouvement religieux parmi le peuple , Prague, 1887, l, i3.