‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 6 sur 239 · AUTRICHIENS ET BAVAROIS · texte numérisé non relu

AUTRICHIENS ET BAVAROIS

après le roi », et marchaient à la tête des hauts fonctionnaires et du tribunal suprême; d'après un règlement sanctionné par Charles IV, les domaines de la famille ne devaient jamais être divisés, mais étaient gérés en son nom par r administrateur àt^ Rosenberg. En dépit des traditions de sa race, Pierre, qui n'avait pas de fils et dont les relations avec la plupart de ses héritiers étaient plus que froides, avait distribué entre diverses personnes une partie de ses possessions et avait légué à Lev d'importantes propriétés. Les neveux de Pierre protestèrent contre un testament qui ruinait leur famille et en demandèrent l'annulation à Louis ; Lev de son côté essaya d'obtenir du Tribunal du Pays un jugement favorable. Les Seigneurs d'abord, puis le royaume tout entier, prirent parti dans le débat. Ceux des nobles qu'indignait l'avidité de Lev ou qu'inquiétaient ses projets, les Frères et les Utraquistes avancés qu'irritait son intolérance et qui suivaient avec angoisse les négociations engagées avec la cour de Rome, les partisans de l'autorité royale qui espéraient une revanche du coup de main par lequel il avait si rapidement détruit l'effet des résolutions de i523, se prononcèrent contre lui. Il eut pour lui la plupan des Chevaliers et presque toutes les villes, habituées à suivre l'impulsion de Prague où dominait sans conteste son allié Pachek de Vrat. A la suite d'une anarchie d'un demisiècle, il n'y avait même plus de partis en Bohême, si Ton entend par ce mot l'union de tous ceux qu'auraient dû grouper des intérêts communs ou des principes semblables; ce n'était plus qu'une poussière de factions, et le hasard des événements déterminait les coalitions les plus étranges.

Il était trop évident que Lev, qui disposait d'une forte majorité dans deux Curies et qui comptait dans l'Ordre même des Seigneurs de très nombreux et très puissants amis, serait le maître de l'élection, en ce sens du moins que personne ne serait accepté pour roi contre sa volonté. Il eut l'idée de donner une sanction légale à l'autorité souveraine qu'il exerçait, et le souvenir de Georges de Podié-

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brad flotta certainement devant ses yeux. Il ne manquait pas de gens en Bohême qu'attristait la pensée d'élever au trône un Allemand ; le royaume n'était-il pas assez riche pour ne pas mendier les subventions de l'étranger? Malheureusement, dans ce parti national, les avis étaient fort partagés ; à Lev, on opposait Charles de Miinsterberg et Vojtiech de Pernstein: la jalousie des Seigneurs n'aurait jamais consenti à reconnaître l'autorité souveraine d'un de leurs égaux, et les richesses de Lev, quelque considérables qu'elles fussent, ne lui permettaient pas d'acheter toutes les consciences. Il eût peut-être réussi à obtenir la majorité dans la diète, mais le parti des Rosenberg eût répondu à ce choix par un soulèvement; il crut plus aisé et plus sûr de faire un roi que de le devenir.

Les ducs de Bavière étaient les adversaires naturels des Habsbourgs: ils avaient cherché à obtenir de Vladislas la main de sa fille ; évincés dans leurs espérances de ce côté, ils n'avaient pas perdu courage et avaient en Bohême des amis nombreux et sur le dévouement desquels ils croyaient avoir le droit de compter, parce qu'ils le payaient largement. Leurs chances de succès étaient singulièrement accrues par les préventions que recontrait la candidature de Ferdinand.

Cet Allemand, mâtiné d'Espagnol, déplaisait par sa naissance, par ses alliances, par son caractère; élevé dans des idées d'une piété étroite et fort mal vu des Luthériens de l'Empire, respecterait-il les libertés religieuses des Utraquistes et accepterait-il les changements que méditaient les plus hardis d'entre eux? Maître de possessions nombreuses et éloignées, il sacrifierait les intérêts du royaume à ses ambitions personnelles; Prague cesserait d'être une capitale, et la Bohême serait réduite au rang de province. Il passait pour énergique, jaloux de son autorité, presque cruel ; singulier gardien pour les prérogatives de la diète et les privilèges des Ordres que ce prince qui avait si sévèrement réprimé les tentatives d'opposition en Autriche ! Toutes ces causes d'hostilité se résumaient dans un grief :

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