I. Schweinitz, p
PERSÉCUTION DES FltfclUBS j3j
qaistes exécutaient surleurs domaines les ordres du roi^ mais les anciens proteaeurs de l'Unité Tabandonnaient, refusaient de recevoir les prêtres expulsés, fermaient les églises, interdisaient les réunions. Le seigneur de Pemstein, par une prompte soumission à Ferdinand, était parvenu à sauver ses immenses domaines : c'était une consolation et une espérance pour les Frères, toujours très nombreux dans ces régions de Pardoubitse et deKounvald, le berceau de leur Église ; mais quel fond faire sur Pemstein, — mobile, apeuré, se débattant au milieu d'embarras d'argent? Pour quelques faveurs, il vendit ceux qui comptaient sur lui, les abandonna à leurs persécuteurs. Les confiscations avaient livré au roi les centres les plus anciens et les plus prospères de l'Unité, Litomychl, Tournov, Brandys, Mlada-Boleslas, etc. Les coups n'avaient pas été portés d'une main moins sûre que contre les villes. Elle était atteinte au cœur même de sa puissance : le siège de ses évêques, le lieu de réunion ordinaire de ses sjmodes étaient entre les mains des prêtres utraquistes ; ses plus célèbres « maisons », (sbor, doum), le Moht-Carmel et le Mont des Oliviers, étaient fermés '.
Le roi voulait, semble-t-il, eflfacer jusqu'au souvenir d'une seae détestée. Il se défiait des conversions, les exécutions en masses lui répugnaient, et les mœurs publiques, fort adoucies, ne les auraient pas supportées. Au mois de mai 1548, il ordonna aux Frères de Litomychl, Bydzov, Chloumets, Tournov et Brandys sur l'Elbe de quitter le royaume dans l'espace de six semaines. Les habitants de Litomychl sollicitèrent un répit : on le leur refusa. Un millier d'émigrants environ prirent le chemin de l'exil, premières victimes de ces lamentales exodes qui se renouvellent si souvent pendant le xvi* et le xvii** siècles. Que de tristesses ! Les liens d'amitié et de famille brisés, ta maison paternelle aban-
I. Le Mont-Carmel se trouvait à Mlada-Boleslas; c'était un ancien couvent de Franciscains. Toute la vie de TUnité se concentrait dans ses maisons ou églises ; on y célébrait le service divin, on y instruisait les enfants, on y préparait les candidats au sacerdoce, les pasteurs et les diacres y habitaient, on y recevait les hôtes. Le Mont des Oliviers était à Litomychl.
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donnée, les fortunes péniblement acquises ruinées, les périls du voyage, et par dessus tout, le regret poignant de la patrie! Et où aller? Quels pays ne fermeraient pas leurs frontières à ces hôtes suspects? — Et pourtant, au milieu de ces angoisses, le courage des proscrits ne faiblissait pas. Conduits par leurs prêtres, ils croyaient voir devant eux la nuée du Seigneur qui guidait son peuple dans le désert : « Nous étions portés sur les ailes de l'aigle », a dit l'un d'entre eux '. Quelque opinion que l'on professe sur TUnité^ les lacunes de sa doctrine ou la timidité de sa pensée, quelle que soit l'influence qu'elle a exercée sur les destinées de la Bohême, ces exilés souffraient pour une des plus nobles causes qui aient jamais passionné l'humanité, la liberté de conscience, et c'est au milieu de l'affliction qu'éclataient vraiment leurs vertus sublimes et les dons que le Seigneur avait répandus à profusion sur eux. La douleur, cette épreuve souveraine des individus et des groupes, leur fut toujours favorable. Augusta s'était trompé en voulant faire d'eux des combattants; leur rôle était plus haut: ils étaient les confesseurs de la foi, l'Église triomphante.
Un assez grand nombre de leurs prêtres avaient été arrêtés; mais, soit que le roi tînt peu à ce maigre butin, soit que ses ordres n'aient pas toujours été exécutés avec. beaucoup de zèle, mal surveillés, ils s'échappèrent ou même furent remis en liberté. On recherchait au contraire très activement Augusta.
L'évêque s'est toujours défendu du dangereux honneur d'avoir été un des principaux instigateurs de l'insurrection de i547 : c'était une bêtise que de le rendre responsable de la conduite des Frères ; il n'était pas leur chef, mais un simple évêque ; bien loin de les exciter à la révolte, il avait prévu dès le premier jour l'issue déplorable du mouvement et s'était employé pour retenir ses amis. — Que valent ces protestations? Il est assez difficile d'en juger. Tout mauvais cas est niable, et, si les documents confirment sur certains