I. Cité par Scbweinitz, p
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points le témoignage d'Augusta, sur d'autres sa plaidoirie paraît assez peu convaincante. Ses adversaires exagéraient sans doute un peu son action en le représentant comme une sorte de pape, mais ses talents, son énergie, la hardiesse de sa politique lui valaient une autorité très supérieure à celle d'un simple évêque. On le vit bien par la suite : prisonnier, plus tard même diminué par son apostasie et ses imprudences, alors qu'un esprit nouveau a pénétré l'Unité, à lui seul, il tient le conseil en échec et lui inspire une sorte de terreur. Parmi les seigneurs les plus compromis dans la révolte, plusieurs étaient de ses amis intimes, et il est également di£Bcile d'admettre qu'il n'ait pas connu leurs projets ou qu'ils n'aient pas tenu con[ipte de ses observations. L'U' nité avait ordonné un jeûne solennel et des prières pour la victoire des États : faut-il admettre que ce fût à l'insu d'Augusta ou sans son aveu? Ses voyages à Wittenberg, sa visite au duc Frédéric à Liegnitz en 1 546 avaient sans doute pour principal objet des questions religieuses, mais la religion n'était-elle pas intéressée à la chute de Ferdinand ?
En présence de l'extrême obscurité des faits, le doute doit profiter à l'accusé, mais les apparences expliquent les soupçons du roi. Il voulait frapper dans l'évêque moins l'hérétique que le traître. Les Utraquistes attisèrent sa colère, et l'attitude d'Augusta, très digne et qui forme un honorable contraste avec la lâcheté universelle, l'exaspéra encore. L'évêque gardait son sang-froid au milieu de l'anéantissement général, osait écrire au roi pour le supplier de ne pas traiter les Frères avec une si cruelle injustice; il n'avait pas quitté les environs de Litomychl, offrait asile aux proscrits, relevait les courages, envoyait de l'argent aux captifs. Protégé par des dévouements inaltérables, il bravait ses ennemis. Le capitaine Chejnoch usa contre lui d'une ruse infâme. Il raconta à un des Frères qu'il était bourrelé de remords, il arait besoin d'être éclairé; Augusta refuserait-il de venir conférer avec lui? Il promettait un sauf-conduit. Après quelques hésitations, l'évêque, entraîné par son humeur aventureuse, convaincu sans doute aussi qu'il devait tout tenter
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pour être utile aux siens, accepta ; il donna rendez-vous à Chejnoch dans une forêt. Quelques affidés se jetèrent sur lui ; on arrêta en même temps un de ses disciples, Jacques Bilek. Les deux prisonniers furent conduits à Prague. La captivité de Bilek dura treize ans, celle d'Augusta seize ans '.
Les premiers temps furent épouvantables. A diverses reprises on épuisa sur eux la science des bourreaux : on enduisait les flancs d'Augusta de poix, on y mettait le feu, puis avec des tenailles, on arrachait des lambeaux de chair brûlante ; on le suspendait à un croc, la tête pendante, le corps chargé de pierres. On ne s'arrêtait que lorsqu'on craignait de le voir expirer. Les plaies, laissées sans traitement, s'envenimèrent ; elles répandaient une odeur infecte. Les grands officiers, même l'archiduc, se lassaient, pris de honte et de pitié. Le roi s'obstinait, envoyait des ordres impitoyables, voulait arracher à l'évêque l'aveu de sa trahison, le nom de ses complices ; il tenait à voir clair, à saisir tous les fils de cette conspiration — qui peut-être n'avait jamais pris corps, s'était bornée à de vagues espérances, à des conversations. Le silence d' Augusta était une suprême bravade qui le pous* sait à bout. Il laissait à ses agents le choix entre trois procédés : priver absolument de sonmieil le prisonnier; l'attacher sur un banc, la tête pendante, pendant un ou deux jours et de temps en temps lui mettre sur la nuque un gros scarabée enfermé dans une coquille de noix; lui donner pendant plusieurs jours une nourriture très épicée sans le faire boire.
Ces projets, qui font plus d'honneur à l'imagination de Ferdinand qu'à sa sensibilité, ne furent pas appliqués; lorsque sa lettre arriva, les deux prisonniers avaient été transportés au château de Krzivoklat. Pendant plusieurs années, ils furent condamnés à l'internement cellulaire le plus épouvantable : pas de visites, pas de sortie, pas même de
I. La source principale pour l'histoire de cette captivité est la Vie d*Au^ gusta^ attribuée à Blahoslas, mais en réalité oeuvre de Bilek.
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lumière. Plus de deux ans après seulement, ses amis réussirent à faire parvenir à i*évêque quelques lettres, et depuis lors, malgré quelques incidents fâcheux, ses relations avec les Frères du dehors ne furent jamais plus interrompues pour longtemps. Peu à peu d'ailleurs la colère du roi s'était usée, sinon apaisée; il repoussait toujours les suppliques qu'on lui présentait pour obtenir la liberté d'Augusta, mais il ne s'en occupait plus guère. Peu à peu de légers adoucissements avaient été apponés au sort des captifs. En 1 56o, lorsque l'archiduc Ferdinand amena au château sa femme, la belle Philippine Welser, fille du célèbre banquier d'Augsbourg, la jeune princesse eut pitié de leurs souffrances, et quelques rayons d'espérance brillèrent à leurs yeux. La liberté qu'ils entrevoyaient ainsi, ils l'achetèrent cependant par de terribles combats et par des souffrances morales pires encore peut-être que les tortures des années précédentes.
Conmient un homme, déjà assez avancé en âge, de santé débile, a-t-il résisté à de semblables épreuves, si prolongées ? — Ce qui confond l'imagination, c'est qu'elles n'aient altéré ni la vigueur de sa pensée ni la fougue de ses espérances. Il sortit de prison tel qu'il y était entré, et sa confiance n'en fut pas plus atteinte que son courage ébranlé.
A peine sa captivité avait-elle été un peu moins dure qu'il s'était remis au travail. Il composait des hymnes religieux, assez médiocres du reste ; ce fut toujours un pauvre poète : les négligences qui passaient inaperçues dans ses sermons, sont plus choquantes dans ses vers; surtout, il manque de souffle et d'envolée; son esprit, précis et un peu sec, n'admet ni le vague ni le sublime; ses cantiques nous déconcertent par leur sécheresse dogmatique; ce sont des instructions versifiées, et nous n'y sentons pas l'élan d'une âme qui s'élève vers son Dieu, mais le calcul d'un théologien qui craint de s'éloigner du dogme consacré. En les composant, en effet, il poursuit un but pratique : répandre parmi les Frères ses croyances, les préparer à cette union plus étroite avec les Luthériens qu'il n'avait jamais complètement abandonnée, dissiper peu à peu les préjugés qui l'avaient