‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 79 sur 239 · ANARCHIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

ANARCHIE RELIGIEUSE

d*habitude, ils n'avaient pas songé à mettre leur droit audessus de toute contestation. Ferdinand ne revint jamais en Bohême, et ses successeurs, en dépit de toutes les réclamations, conservèrent dès lors la nomination du Consistoire. C'est là un de ces coups d'État de détail qui abondent dans le règne de Ferdinand, un nouvel exemple de la finesse avec laquelle il modifiait la Constitution sans la violer ouvertement; il possédait au suprême degré l'art d'interpréter le silence des lois et de ménager les transitions. En i562, soit parce qu'il n'avait pas sous la main des hommes éprouvés, soit, ce qui paraît plus probable, pour déconcerter l'opposition des nobles et enlever tout prétexte à leurs plaintes, les prêtres qu'il avait choisis pour composer le Consistoire lui étaient fort suspects, aussi enclins à l'hérésie que ceux dont il avait refusé d'approuver l'élection. Mais les hommes passent, les institutions demeurent. L'important était que les Protestants restassent sans organisation et sans chef. Le jour venu, le Consistoire serait une arme précieuse contre eux. Les Compactats, sous lesquels ils dissimulaient leurs erreurs, on s'en servirait alors pour les sommer de se soumettre à la Papauté. En somme, si on n'avait pas réussi à empêcher les Luthériens d'entraîner la majorité de la nation, du moins ils étaient hors la loi, la tolérance dont ils jouissaient était temporaire et précaire, et leur situation n'était pas sans quelque analogie avec celle des Frères, toujours sous le coup d'un mandat d'expulsion; pas plus que ceux-ci, la Constitution ne les reconnaissait et ne les protégeait.

Ferdinand avait pendant ce temps, — non sans peine, — obtenu de la Papauté les concessions qu'il jugeait indispensables pour ramener à l'Église catholique le gros de l'armée hérétique. Il avait toujours été convaincu qu'une réconcilia-

tion avec les dissidents n*était pas impossible et qu*il était sage d'accepter certaines de leurs demandes plutôt que de s'exposer à les jeter dans un schisme irréparable. Il panageait sur ce point l'opinion de tous les princes contemporainsy et ses récentes désillusions après l'Intérim de 1648 ne l'avaient pas guéri de ses espérances obstinées. Il ne cessait de poursuivre la Curie de ses représentations, souvent très vives, la suppliait d'autoriser le Calice, non seulement en Bohême, mais dans tous les pays impériaux. Il se heurtait à une extrême mauvaise volonté. Après une assez longue période d'hésitation, la Papauté avait repris confiance dans sa mission ; les attaques avaient réveillé la foi des anciens temps, et avec la foi était revenue l'inflexibilité théologique. La Société de Jésus pénétrait dès lors l'Église de son esprit, et les tendances pacifiques et conciliantes étaient de moins en moins en faveur. Paul IV, fanatique à courte vue, fort mal disposé pour les Habsbourgs, accueillait toutes les demandes par un non-possumus absolu, et les décrets du Concile de Trente avaient rendu extrêmement improbable, sinon absolument impossible, une entente avec les Protestants.

Les résultats immédiats de cette obstination ne furent pas très heureux pour l'Église, et les progrès effrayants de la Réforme inquiétèrent bientôt les rois catholiques; Philippe II et Henri II de France ajournèrent leur querelle et, par le traité de Câteau-Cambrésis, s'unirent pour combattre l'hérésie (iSSg). Comment arrêter le mal? Les expulsions et les auto-da-fé n'y suffiraient pas si l'on ne donnait en même temps satisfaction aux légitimes réclamations de la conscience populaire. D'où était sortie la révolte? — Des abus. Il fallait l'atteindre dans sa racine.

Paul IV venait de mourir, fort heureusement pour l'Église, et il avait été remplacé par Jean-Ange de Médicis, qui prit le nom de Pie IV (iSSg). Aimable, savant. Pie IV avait été forcé sous le pontificat précédent de quitter Rome pour fuir la colère de Paul qui détestait en

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lui ses tendances modérées et son affection pour les Habsbourgs ; il disait hautement qu'il fallait ramener les Allemands par la douceur, et il avait été élu sans doute parce qu'il représentait une politique toute dififérente de celle de son prédécesseur '. Ferdinand crut le moment venu de renouveler sa requête et chargea une commission de préparer un mémoire fort détaillé, assez modéré dans la forme, très radical dans le fond, qui dut être présenté officiellement au Concile, L'Empereur réclamait non seulement de profondes réformes dans les habitudes romaines et les mœurs du clergé, mais la communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres, la célébration du service divin en langue vulgaire, la suppression des jeûnes *. Les princes catholiques allemands appuyaient l'Empereur, et les ambassadeurs français devaient au nom de Catherine de Médicis déposer des propositions analogues.

Les choses, cependant, n'allèrent pas aussi facilement qu'on l'avait supposé. Pie IV, en dépit de toute sa bonne volonté naturelle, n'avait ni le désir ni le pouvoir de rompre avec le parti catholique intransigeant qui formait la véritable force de l'Église. Depuis qu'il était pape, il envisageait la situation à un point de vue un peu différent : il n'eût satisfait Ferdinand qu'en s'aliénant à jamais Philippe II, et il est bien certain qu'entre la cour de Vienne et celle de Madrid, l'hésitation n'était guère possible pour lui. — D'autant plus qu'il savait bien que l'Empereur finirait toujours par céder : déjà ne l'avait-il pas amené à permettre que le Concile se réunît de nouveau à Trente et non dans une ville d'Allemagne, comme Ferdinand l'avait d'abord exigé?

Les historiens modernes sont en général sévères à ce

1. Il disait « quMl fallait accorder aux Allemands le Calice et le mariage dès prêtres p. Sur les rapports de Ferdinand et du Concile de Trente, voir, outre les ouvrages généraux, Reimann, Unterhandlungen Ferdinands I mit Pius IV., {Forsch, jf. deutsch, Gesch, 1866;) et Sickel, jff/r Gesch. d, K, von Trient (Vienne, 1872).

2. Cp. Sickel, Archivf. œsterr. Gesch, B. 46 (1871), et Reimann, dans les Forsch, 1868.

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propos pour le roi de Bohême» l'accusent de maladresse et d'inconstance ; il avait derrière lui tout le Nord de l'Europe et cependant il n'obtint rien des Pères, passa sous les fourches caudines de la majorité italienne et espagnole. Il me semble qu'il y a quelque injustice dans ces reproches. Peut-être eût-il été possible, avec un peu plus de fermeté, d'éviter certaines humiliations et de sauver les apparences; mais, dans aucun cas, le résultat n'aurait pu être sensiblement différent de ce qu'il fut. Non seulement, en effet, l'entente entre les cours française et autrichienne ne fut jamais cordiale, mais surtout Ferdinand, dans ses négociations avec le Concile et le Pape, avait une infériorité évidente: il ne songeait pas à se séparer de l'Église, n'avait aucun goût pour le rôle d'Henri VIII, et ses protestations les plus vives perdaient toute leur force parce qu'on était sûr qu'il ne se résignerait jamais à une rupture. Pie IV le ménageait même moins que Catherine de Médicis, parce qu'il l'estimait davantage, n'admettait pas qu'il fût capable d'une défection. Le Pape et l'Empereur étaient d'accord sur le but, la restauration de l'Église catholique ; ils ne différaient que sur les moyens : or, qui ne voit que dans ces conditions c'était à l'Église à prononcer en dernier ressort? Son protecteur temporel en serait toujours réduit à se soumettre avec plus ou moins de bonne grâce.

L'accueil que firent les évêques au mémorandum de Ferdinand ne laissait aucun doute sur les dispositions de l'asemblée ; l'Empereur n'osa même pas soutenir ses conclusions, s'excusa; il bornait désormais son désir à obtenir la Communion sous les deux espèces. La question était déjà venue devant le Concile en i55i. Les Pères avaient fixé la doctrine catholique sur l'Eucharistie, mais ne s'étaient pas prononcés sur le Calice. Non pas que l'opinion de la majorité fût douteuse, mais elle avait été arrêtée par les réclamations de l'ambassadeur de Charles-Quint, le comte de Montfort ; au moment où Ton attendait l'arrivée des Protestants, fermerait-on la voie à toutes les négociations? Un cenain nombre de prélats n'étaient pas éloignés d'ail-^

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