‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 94 sur 239 · UTRAQUISTES ORTHODOXES · texte numérisé non relu

UTRAQUISTES ORTHODOXES

sation n'est plus que le squelette d'un corps en dissolution. Souvent le souverain oublie de désigner les membres du Consistoire, les vacances ne sont pas comblées; à un moment, le conseil ne se compose plus que de trois personnes. Ses revenus s'amoindrissent sans cesse. Beaucoup de prêtres refusent d'en faire partie : ses ressources sont trop misérables, son crédit trop ruiné, sa situation trop difficile '.

Sa clientèle est toujours plus restreinte. — Dans les villes, qui cependant depuis 1647 ^^"^ P'^^ sérieusement soumises qu'auparavant à Tautorité royale, les décrets qui interdisent la nomination de pasteurs protestants n'arrêtent pas l'invasion des ecclésiastiques « de l'ordination de Leipzig. » Les communes ne tolèrent les curés envoyés par le Consistoire que s'ils consentent à renoncer au célibat et à supprimer les anciens rites. S'ils refusent, on retient leurs revenus, on les force d'entretenir à leurs frais les maîtres d'écoles ou les pasteurs luthériens. A Beroun, le conseil oblige le doyen à céder une partie de ses biens à un collègue protestant qu'il lui impose, lui défend d'attaquer la Réforme, tandis que le luthérien tonne en chaire contre l'Utraquisme, insulte et menace le délégué du Consistoire. Beaucoup de cités refusent nettement d'obéir à l'Administrateur : ce n'est plus un utraquiste, disent-elles, mais un catholique. Ordinairement, les prêtres calixtins préfèrent ne pas se brouiller avec leurs paroissiens, transforment la messe, n'exigent plus la confession; beaucoup se marient; à Prague, sous les yeux mêmes du Consistoire, la tonsure est abandonnée. A Schlan, le mariage des ecclésiastiques et le baptême de leurs enfants sont des fêtes publiques, célébrées aux frais de la commune, La formule de nomination adoptée par le Consistoire prouve le peu d'illusion qu'il conservait lui-même sur la valeur et la soumission de son

I. Sur la situation des Utraquistes, v. Tomek, L'Administration du parti Utraquiste, dans le Tchas. tcheského M.; Borovy, Die Utraquisten in Bœhmen; et SCS monographies sur les archevêques Brous de Mohelnitse et Martin Médek; les Actes des Consistoires utraquiste et catholique, etc.

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clergé : « En vertu de notre autorité, disait-elle, nous vous donnons et confirmons un tel pour doyen, afin que, dans l'état de célibat où il se trouve, d'après sa déclaration, et dans son inébranlable fidélité à la religion, aux anciens rites de la Sainte-Église et aux coutumes traditionnelles utraquistes, il se conduise fidèlement et donne un bon exemple de la vie pastorale. » Il intervenait quand un abus trop scandaleux éclatait, mais par acquit de conscience, bien convaincu d'avance qu'il n'obtiendrait rien. Un prêtre utraquiste, refusant de recevoir plus longtemps ses ordres, déclare qu'il reconnaîtra désormais l'autorité de l'archevêque, parce que le Consistoire est trop abandonné: l'Administrateur ne jugeait pas autrement la situation. « Dans les églises utraquistes, lisons-nous dans un de ses rapports, assez peu de personnes assistent au service divin ; les hérétiques tiennent librement et sans obstacle leurs réunions; les villes n'écoutent ni les exhortations du Consistoire ni même les ordres de l'Empereur, comme s'il n'était pas leur César et leur prince, mais qu'elles fussent leurs propres maîtresses. » C'était bien pis dans les campagnes. Ici l'Administrateur n'essayait plus de lutter, et le nom même de l'Utraquisme disparaissait : deux ou trois seigneurs, une poignée de chevaliers, tel était le bilan de l'ancien parti national en dehors des villes royales.

Et d'ailleurs, avait-il encore quelque raison d'être? — Sur tous les points litigieux, il cédait peu à peu. Dès 1 566, l'archevêque Antonin de Mohelnitse peut écrire que « l'Administrateur et le Consistoire se sont mis d'accord avec lui sur toutes les questions et qu'ils ont offert de renoncer à la coramunion des enfants. » La fête de Hus elle-même, le dernier souvenir de l'insurrection, tombe en désuétude : dans plusieurs calendriers officiels on la supprime; quelques personnes s'indignent, mais, en général, on en plaisante; plusieurs années s'écoulent avant qu'on en réclame le rétablissement.

Les Utraquistes n'auraient plus eu qu'un parti à prendre : se soumettre à l'Église ; le pape avait autorisé le Ca-

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lice, ils conservaient sous la haute surveillance de l'archevêque une autonomie religieuse assez étendue; la raison leur commandait de se contenter de ce qu'ils avaient obtenu; les maigres variantes de rites ou de foi qui les distinguaient des Catholiques ne valaient certes pas que Ton persistât dans le schisme, et une sincère réconciliation avec Rome était pour eux le seul moyen de se relever du discrédit profond et mérité dans lequel ils étaient tombés. Malheureusement, ils persévéraient dans la révolte, après qu'ils avaient depuis longtemps perdu de vue Tobjet de la révolution, ou plutôt, ce qui était pire, leur soumission rechignée était incomplète et hargneuse. Les souvenirs des anciennes luttes demeuraient vivaces, alors qu'on avait oublié jusqu'à leur cause. Même parmi les Utraquistes qui repoussaient les doctrines de Wittenberg, beaucoup nourrissaient pour la Papauté une haine secrète, voyaient dans l'archevêque un intrus. L'Administrateur craignait, en les mécontentant, de les jeter dans la Réforme. Dans ce parti si réduit, il y avait encore une droite et une gauche, que le Consistoire ménageait tour à tour. Lui-même ne renonçait pas volontiers à ses habitudes d'indépendance. Il implorait humblement l'appui de l'archevêque et de l'Empereur contre les dissidents, mais s'indignait qu'on lui fît payer les secours qu'il sollicitait. Tour à tour humble et superbe, il promettait tout et ne tenait rien, revenait sans cesse sur les concessions qu'il avait consenties, cherchait à reprendre en détail le terrain qu'il avait perdu, et, par ses équivoques et ses revirements, perdait toute autorité morale et mécontentait tout le monde.

Antonin de Mohelnitse, très fervent, appartenait encore à cette génération de prélats qui croyaient possible une entente avec les dissidents; Ferdinand avait eu en lui un auxiliaire sage et conciliant. Il pensait que le temps seul triomphe de préjugés séculaires et que la prudence et la longanimité apaisent bien des conflits. Dans ses relations avec le Consistoire, il mit, au début surtout, beaucoup de bonne grâce et de réserve, ne lui contesta pas le droit de

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