I. Borovy, Antonin Brous, p. aïo et sq
236 LE PARTI CATHOLIQUE VERS \bj5
le fait attacher à une échelle et lui brûle les côtes avec une chandelle, parce qu'il a cassé un pot. Aucun Ordre n'est aussi gangrené que celui des Dominicains. Le Provincial, « tout adonné au luxe et à la mollesse », répand les fausses doctrines, écarte les prédicateurs onhodoxes, gaspille les revenus de l'Ordre. Le prieur du cloître de Sainte-Agnès à Prague, en iSôy, vole le calice de l'autel, vend les domaines du monastère, est accusé d'inceste ; traduit en justice, il veut prendre la fuite, envoie en avant sa cuisinière, très suspecte, avec toute une voiture chargée d'objets volés au couvent. Trois ans plus tard, le nouveau prieur veut établir un cabaret dans le cloître, et il faut un ordre exprès de l'Empereur pour le lui interdire. La même année, les conseillers de Prague accusent quelques moines d'avoir volé six poutres déposées sur la rive de la Vltava : lorsque les juges arrivent pour procéder à une enquête, les Dominicains barricadent leurs portes, soutiennent un siège ; il faut percer la muraille, et les agents sont accueillis par des huées et des injures. Le vol est prouvé; le visitateur déclare qu'il n'y est pour rien, s'excuse sur la misère des moines : d'ailleurs la rive de la Vltava leur appartient et ils ont le droit de prendre la dîme des objets qui y sont déposés; — c'est un mensonge éhonté, et ils n'ont aucun titre de propriété '. Ils construisent sur un ancien cimetière de petites huttes, les louent fort cher à des vagabonds de la pire espèce qui souillent « et profanent le sanctuaire où reposent tant de braves gens ». Ils expulsent les honnêtes ouvriers qui logeaient dans leurs maisons et les remplacent par d'ignobles tavernes qui deviennent bientôt le rendez-vous des voleurs et des filles.
« L'Église menace ruine, écrit le doyen de Litomierzitse en iSyo; voilà où nous ont conduits nos dissidences, nos divisions, nos colères, nos haines, nos désirs de vengeance. Autant d'hommes, autant d'opinions. Lorsque les bœufs tirent chacun de leur côté, le char n'avance guère ' ».
LE PARTI CATHOLIQUE VERS iSjS 287
Les renseignements que nous possédons sur l'épiscopat de Médek ne sont pas beaucoup plus édifiants : toujours la même disette de prêtres, les usurpations des seigneurs, la détresse matérielle et morale, l'ignorance des curés, leurs défaillances dogmatiques et morales, les scènes de scandale ordinaires, les rixes, Tivrognerie, les mariages clandestins. I^s prêtres ne portent pas le costume ecclésiastique, se promènent en armes, se battent avec leurs paroissiens, s'empoignent avec les prédicateurs utraquistes. A conduire ce troupeau, les plus fermes volontés s'usent rapidement; au bout de quelques années de fonctions, les doyens déclarent qu'ils sont à bout de forces, supplient l'archevêque de les relever d'une tâche trop lourde.
Les liens d'obéissance sont rompus depuis trop longtemps; les prêtres se sont habitués à une liberté sans limites et se cabrent contre toute discipline. Lorsque l'archevêque recommence les tournées d'inspection ou veut rétablir les réunions pastorales, presque tombées en désuétude, beaucoup de curés s'indignent, ne se rendent pas aux convocations.— L'exemple de la résistance vient d'en haut : l'évêque d'Olomouts refuse de reconnaître la suprématie d'Antonin Prous. Le chapitre de Prague ne renonce pas sans ennui à l'autorité qu'il a exercée pendant un siècle et demi ; à diverses reprises, l'archevêque doit recourir à l'intervention du pape contre ses chanoines et ses doyens, « insolents, arrogants et rebelles », sans d'ailleurs que les ordres du Saint- Père produisent grand effet. Les autorités temporelles sont plus mal disposées encore; les seigneurs catholiques ne sont pas plus respectueux que les protestants des droits de l'Église, les plaintes d'Antonin contre des nominations fâcheuses, dans lesquelles l'intérêt de la religion n'a certainement aucune pan, sont fort mal reçues et non avenues. Les rois ne ménagent pas les promesses : autant en emporte le vent! Les intentions de l'archevêque sont suspectées, ses moindres démarches interprétées dans le sens le plus défavorable ; les États l'accusent auprès de Maximiliende vouloir introduire dans le royaume l'Inquisi-