PREMIERS SIGNES DE RENAISSANCE
tion : l'Empereur accueille leurs doléances et, plusieurs fois, interdit les visites pastorales. Sous Rodolphe même, lorsque Médek demande la permission de fonder un séminaire, on la lui refuse. De longues années s'écoulent avant que Ton ose appliquer en Bohême le décret du concile de Trente qui prescrit la tenue régulière de conciles nationaux.
Quand on examine la situation sans parti-pris, la conclusion s'impose ; en dépit des efforts de Ferdinand et des premiers travaux des Jésuites, le Catholicisme tchèque de i565 à i58o était encore incapable de soutenir une attaque sérieuse. Que Maximilien se prononçât ouvertement pour la Réforme ou que la diète lui arrachât une reconnaissance formelle de la liberté religieuse, les anciens panis, catholique ou utraquiste, perdraient rapidement leurs rares fidèles, et la nation, ralliée tout entière au Protestantisme, retrouverait l'unité morale depuis si longtemps détruite. Il fallait se hâter seulement ; l'heure était propice, l'imprudence serait grande à la laisser échapper. On aurait eu tort de conclure en effet de la désorganisation persistante du Catholicisme à sa désagrégation totale ; déjà même, des observateurs perspicaces auraient aperçu au milieu de la décomposition apparente un sourd travail de reconstruction; si on laissait aux germes de résurrection le temps de grandir, bien des surprises étaient possibles, et l'avenir le prouva.
D'abord les circonstances générales, si longtemps défavorables à l'Église, se modifiaient visiblement. On épiloguera toujours sur les résultats du massacre de la Saint-Banhélemy ou des exécutions du duc d'Albe : en somme, de telles cruautés n'auraient pas été possibles vingt ans plus tôt et elles étaient un grave symptôme du réveil de la foi. La papauté avait des défenseurs implacables, furibonds, donc convaincus et décidés. Dans les pays mêmes où la Réforme, plus ancienne, était mieux établie, la réaction relevait la tête, le Protestantisme ne progressait plus ou déjà reculait. Le vent avait tourné ; et quelle séduction exerce le succès sur les timides et les irrésolus, c'est-à-dire sur la foule ! Du mo-